octobre rosehttp://feministalternativemagazine.com/2014/11/23/octobre-rose-ou-le-diner-de-cons-des-cancereux/

L’humour- médecin

De l’appropriation de compétences médicales par des non médecins
Art caritatif
Les associations et ligues pour la santé : avantages et dérives
Féminisation de la profession médicale
information médicale et internet
Le principe de précaution
Les génériques, c’est tout automatique !
Séries médicales télévisées
Qu’en est-il du « syndrome méditerranéen » ?
« L’innocence » de la pensée verte
Le médecin à travers les âges
Le mannequin, la nudité et la maladie
Charge émotionnelle de la maladie, répercussions dans la société.
La langue d’Esope, mensonges, quiproquos et incompréhensions en médecine.

lève-toi et ris

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décorer votre intérieur en peignant vos murs en dessins caricatures


Décorer son intérieur  est une tâche difficile. Le décorateur doit savoir le style qui convient aux occupants et qui éblouit les convives. Le style de votre mur a une grande place sur l’embellissement de votre immeuble. Cette partie peut être ornée par la pose de tableaux, de papier peint, de miroir…Vous pouvez la personnaliser en créant des dessins qui vont attirer l’attention des gens.

Comment embellir un mur ?

Trouver le style qui va à son intérieur est dur. Il faut être tendance d’une part et personnaliser d’autre part. Chaque couleur que vous choisissez à une signification propre. Le jaune qui a la couleur du soleil reflète la joie et l’ambiance. Cette couleur est parfaite pour les salons. Le bleu qui est semblable à l’océan désigne le rêve. Vous pouvez le mettre dans la chambre d’enfant. Votre mur peut être personnalisé à l’aide des dessins caricatures. Il vous suffit de savoir le  type de caricature qui mettra en avant mon mur. Par exemple, si vous rêvez de liberté, vous pouvez orner votre mur du dessin du statut de la liberté. Si vous désirez visiter un jour Las Vegas, dessiner la ville dans votre demeure permet de ne pas oublier votre but. Le dessin que vous demandez d’être fait par un dessinateur doit avoir une signification pour votre entourage et vous. Il doit aussi être une source de joie.

Échafaudage : outil essentiel dans la décoration d’intérieur

La réalisation d’un dessin sur votre mur peut être faite par un caricaturiste. Cet individu va dessiner sur la façade verticale de votre demeure, les dessins qui vous plaisent.  Il doit se servir  d’un echafaudage pour réaliser le travail. Cet appareil lui permet de faire son œuvre en hauteur. Il  assure la sécurité du dessinateur. Depuis les premiers modèles d’échafaudages utilisés par les ouvriers sur chantiers, l’appareil n’a cessé d’être sécurisé afin de limiter les risques d’accident. À l’intérieur d’un immeuble, l’échafaudage fixe est conseillé. Pour un dessinateur, il est recommandé d’opter pour l’echafaudage roulant. Ce modèle simplifie le déplacement. Un caricaturiste doit se déplacer en permanence dans le but de couvrir votre mur de dessin. Le modèle roulant assure une continuation rapide de son œuvre. De plus, il n’est pas nécessaire de recourir à la force physique pour déplacer l’appareil. L’échafaudage roulant peut se mouvoir à l’aide de ses roues. Si vous ne possédez pas cet appareil, vous pouvez en louer. Dans votre maison, il est conseillé d’avoir un échafaudage. Il va vous aider dans certains travaux comme la décoration de sapin, le changement d’ampoule, la peinture des murs…

L’humour- médecin

Nous n’avons pas la même égalité des chances devant l’humour. Sa finalité, nous la connaissons, il sert à faire passer des idées, à nous rendre populaires vis à vis d’un auditoire, à avouer plus facilement une bévue, à conquérir l’âme soeur… Mais qui pratique l’humour, le vrai, pas le comique genre entartage ou grimaceries funèsiennes? L’humour passe généralement par le verbe, et il comporte de façon plus ou moins prononcée la contestation, la rebellion. Qui sont les vrais, les grands humoristes, qui nous amusent tant? Souvent des personnes qui ont la capacité de se distancer de la réalité pour mieux l’observer. Ces gens-là possèdent un fond de « dépression désabusée » dans leur regard sur leur temps et leurs concitoyens , et une aptitude à transformer leurs angoisses , leurs déceptions, leurs phobies , bref leur souffrance, en une dérision salutaire, qui leur permet, à notre plus grand plaisir, de se gausser de ces choses déplaisantes, façon aussi pour eux de les surmonter. C’est pour cela que fréquemment les humoristes, en privé, sont décrits comme des personnes difficiles à vivre et traversant de graves crises existentielles. On peut donc conclure que les gens les plus dénués d’humour seraient ceux qui ne se posent jamais de question, sont toujours en accord avec eux-mêmes, et qu’il est préférable de posséder un stock d’angoisses, de dépressions et d’être mal dans sa peau pour faire rigoler. Sans être mal dans sa peau, on peut prétendre à juste titre que le médecin, régulièrement confronté à la maladie et à la mort, côtoie et enregistre tout au long de ses études, puis de son exercice son lot de destins frappés par la maladie, et de malheurs en tous genres. Lui aussi a des angoisses à gérer, les siennes et celles des autres. Lui aussi est dans un état de rebellion, de contestation face à un corps qui fait faillite, face à ses propres limites et sa lutte dérisoire à combattre l’issue finale de son patient. Ses phobies, ses déceptions, ses échecs, il les transforme de la même façon en dérision, pour mieux les surmonter.
Le mot humour a une connotation différente selon les latitudes, chez les Italiens « umorismo » fait référence à des facéties et des boutades divertissantes, chez les Anglais, « humour » constitue plutôt un sens subtil de la compréhension humaine, presque cynique, de façon désinvolte et avec une moquerie blasée. Le médecin peut utiliser l’humour, s’il a la chance d’en être pourvu, tout simplement pour détendre l’atmosphère. L’humour permet de dédramatiser et d’atténuer la charge mélancolique et aussi anxiogène liée à la maladie, ressentie par le médecin comme on l’a vu plus haut, mais aussi et surtout par le malade. Finalement le médecin est humain, tout comme le malade, et l’humour, bien dosé, évidemment, et employé à propos, rassemble dans une communauté humaine les deux protagonistes. La connivence qui en résulte conduit à une mise en confiance du patient, par le fait qu’il sent l’empathie du médecin par rapport à son sort. L’empathie étant la capacité de partager les sentiments et les souffrances d’une autre personne, il est évident que le médecin , tout comme n’importe quel autre humain, ne possède pas une « réserve émotionnelle » suffisante à éponger toutes les peines de sa patientèle, il le fait dans certaines limites, l’humour constitue une « soupape de sécurité », peut-être un subtil trait d’union entre la souffrance du malade et la position prééminente du médecin. Dans ce clin d’œil, cette ironie exprimée, malade et médecin sont sur un même plan, et partagent fugacement le même sort, ils sont frères momentanément dans leur vulnérabilité physique et psychique.
L’utilisation de l’humour présuppose néanmoins une bonne capacité de jugement de la part du médecin vis à vis de la personne qui est en face de lui. Le malade peut en être dépourvu, ou ne pas être, le jour de l’entretien, « sur la bonne longueur d’ondes ».
Qui est raillé ? Le malade, le médecin et la mort elle-même sont des sujets de l’humour médical.
Pour comprendre pourquoi l’humour médical existe, il faut d’abord comprendre ce qui provoque le rire. Le rire apparaît lorsqu’une faille intervient dans un état de choses établi. La transformation d’une chose sacrée en un objet profane, périssable, humain, par l’intervention d’un défaut, nous semble ainsi ridicule. Par exemple, la vue d’un monsieur très sérieux , bien vêtu, solennel, représentant l’ordre, en train de glisser sur une peau de banane nous apparaît spectacle parfaitement hilarant. Le caricaturiste ou plus généralement l’humoriste réalise un « portrait-charge » qui a pour but de faire descendre son modèle du haut d’un piédestal qui lui conférait une éternité intouchable. On ne rit donc pas des mêmes choses selon les époques, cela dépend de la vision du monde, de ce que l’on considère comme ordre divin. Ainsi dans l’Antiquité la difformité fait rire; puisque la beauté du corps est sacrée, divine, sa désacralisation est comique. L’homme du Moyen-Âge était confronté à une rudesse de vie qui lui faisait redouter la mort. La Mort devient divinité, ainsi tout ce qui y touche est sacré, et la médecine qui s’y oppose semble ridiculement présomptueuse, elle constitue cette faille qui fait rire de par sa prétention, son outrecuidance à vouloir vaincre l’inéluctable, et aussi de par son attachement au corps, cette enveloppe charnelle qui n’est que vanité. 
C’est l’avènement du christianisme qui a changé la vision sur le malade, et sur l’infirme. Il est malvenu de se moquer d’autrui, la commisération et la charité sont des valeurs morales placées au-dessus de tout. La douleur d’autrui cesse d’être comique, hormis peut-être la douleur dentaire, inspirant délicieusement les artistes à travers les époques, peut-être en raison de la disproportion entre la petitesse de l’organe et l’immensité de la douleur qu’il occasionne.

La mort cesse d’être chose divine, ou chose sacrée avec l’évolution de la science. Le savoir transforme la vision du monde, mais si la nouvelle divinité est la Science, le scientifique , lui, est bel est bien accessible aux sarcasmes. C’est lui qui est faillible à présent, on glisse ainsi à travers les époques du corps sacré à la médecine sacrée et c’est le médecin, profane de par ses propres maladies, ses propres erreurs , qui sera désormais et jusqu’à nos jours à l’honneur dans la raillerie, opposé à la divine science de par ce qu’il est précisément un humain.  Bientôt on remarque une régression de la caricature des patients au profit de celle des médecins, de la Renaissance jusqu’au temps de Molière où là, bien sûr, on s’en donne à coeur joie. Le médecin, son attirail, son jargon, sa vêture, ses outils, tout est prétexte à des écrits sarcastiques, dessins, caricatures etc…

Le rire est donc un médecin, un guérisseur des affres moraux, des angoisses charnelles, aussi bien du malade, que du médecin aussi, qui est parfois un malade qui s’ignore plus ou moins volontairement. Le meilleur exemple de la vertu thérapeutique du rire, ce sont les clowns à l’hôpital, ces comédiens drôles officiant dans les services d’hospitalisation d’enfants. Leur rôle est plus important qu’il n’y paraît, ils interviennent dans la sphère du petit malade pour repousser les chaînes virtuelles de la maladie, pour percer la bulle de souffrance qui entoure l’enfant en sachant capter l’humeur et la tension de leur spectateur. Au-delà de la simple distraction, ces docteurs au nez rouge redonnent la place à la vraie vie dans l’enceinte de la maladie, celle ou la désinvolture, la joie, le rêve et l’imagination ont leur place, pour faire un pied de nez, même transitoirement, à la détresse, la souffrance et la solitude.
Alors, à quand la consultation chez un généraliste aux chaussures géantes, et quand verra-t on le spécialiste vous accueillir au cabinet avec un jet d’eau propulsée à travers une petite fleur agrafée à sa blouse ? Allez Mesdames Messieurs les doctissimes, un petit effort d’humour, ou d’ »umorismo », que diable !

De l’appropriation de compétences médicales par des non médecins

Début février 09, Lilian Thuram, footballeur de son état, refusait le ministère de la Diversité que le Chef de l’Etat lui proposait, arguant que « la politique est quelque chose de très noble qui ne tolère pas l’à-peu-près.»

Ce que ce sympathique et charismatique sportif voulait dire, en clair, c’est qu’il lui répugnait de faire n’importe quoi. Outre l’immense talent footballistique du défenseur français, force est de lui reconnaître un solide bon sens et une intelligente honnêteté. Il n’en est pas de même pour tout le monde et dans tous les secteurs. Nous nous pencherons sur trois phénomènes de tentative de certains corps de métiers à s’approprier et à exercer des compétences médicales, après des formations très courtes et plus ou moins adaptées, un peu à l’instar des chanteurs que l’on voit se produire dans diverses émissions populaires type Star Ac’, et qui manifestement ne savent pas plus chanter que vous et moi sous la douche. Si le massacre musical en société et en public est tolérable, dans le domaine de la médecine, il en va tout autrement.

1° les Sociétés d’échographie fœtale à visée commerciale.

Il s’agit d’infirmiers ou de techniciens formés à l’échographie qui proposent de l’imagerie fœtale sans divulgation aucune de renseignements médicaux, (d’après eux du moins), un peu de façon ludique, pour permettre aux futurs parents de visualiser leur futur enfant, mettant en avant l’examen échographique souvent trop rapide et dénué d’émotion de la part du radiologue. Ce serait une imagerie d ‘»appoint » pour les parents, souvent frustrés de l’examen médical où les images sur l’écran ne sont pas bien comprises, et/ou pas toujours bien expliquées par le médecin faute de temps. Quelle est l’utilité médicale de ces séances, par ailleurs coûteuses et non remboursées ? Elle est nulle, et le procédé même délétère.

Car on a tout de même un peu de mal à s’imaginer le déroulement de l’examen de façon parfaitement muette. Il paraît quasi sûr que le technicien non médecin effectuant l’examen  montre  et  désigne les différents organes observés et que s’instaure un dialogue avec l’assistance. Qu’advient-il si réellement l’exécutant reste muet comme une carpe? Un faux sentiment rassurant peut s’installer, ce silence pouvant être pris pour l’approbation d’un examen normal . A l’inverse, si le technicien découvre une anomalie ? La dire ? Ne pas la dire ? Comment faire l’annonce, n’étant pas formé à cet exercice délicat ? Et si un diagnostic est émis et s’avère erroné après consultation chez le radiologue? Au risque anxiogène inutile s’ajoute un autre risque, celui de la potentielle nocivité de l’examen. Il est vrai que l’examen échographique est réputé anodin, toutefois le nombre d’examens est limité en pratique courante, et les examens effectués sur des appareils vérifiés, testés. On ne peut être sûr qu’il en soit de même dans ces sociétés d’échographie, et à l’heure du principe de précaution on pourrait se demander si la multiplication des examens reste réellement sans dommage sur des tissus en voie de formation. Le risque posé par la pénurie médicale, mais aussi par le fait que bon nombre de radiologues aient cessé l’activité d’échographie obstétricale en raison de la menace croissante de poursuites judiciaires, est que les couples recourent plus facilement vers ces groupes non médicaux, où ni le personnel, ni le matériel ne sont soumis à un quelconque contrôle.

2°la profession des « doulas ».

Il s’agit d’assistantes à l’accouchement, ni médecins, ni sages-femmes, qui s’adoubent accoucheuses en se fondant sur leur simple expérience personnelle, leurs connaissances empiriques, une formation théorique et pratique courtes (quelques stages de durée limitée). Il n’y a aucun encadrement légal, pas de formation validée par un organisme officiel, pas de statut juridique. Les doulas prônent l’accouchement le plus naturel et le moins médicalisé possible et encouragent à l’accouchement à domicile. Elles mettent également en avant leur utilité par rapport à la pénurie des sages-femmes, la meilleure réponse à la surcharge de travail de ces dernières toutefois serait tout simplement qu’on en forme davantage.

Les problèmes qui se posent sont multiples, par leur relation intime et privilégiée envers la parturiente, les doulas influencent cette dernière à privilégier l’accouchement à domicile. Par crainte de surmédicalisation de l’accouchement , les parents se retrouvent au milieu d’un antagoniste entre les conseils des doulas et l’obligation des médecins d’appliquer leur science sous peine de poursuites. Les doulas sont censées prodiguer des conseils non médicaux aux parturientes, mais là aussi, qui vérifie leurs dires ?

Alors que la mortalité infantile régresse par le fait même de la médicalisation de l’accouchement, peut-on tolérer un retour en arrière, avec une perte de chance pour la mère et l’enfant, seulement par crainte de surmédicalisation ? Comment justifier ce retour à l’obscurantisme dans une époque en plein progrès médical? Où est l’utilité médicale de cette démarche ? Quel est son avantage sur la santé, à part l’épanouissement égoïste , individuel avant tout, à la mode, qui est à la base de ces « médecines » alternativement douteuses?

3°Le contrôle de la vision par les opticiens.

Il s’agit d’une profession commerciale qui souhaite effectuer des examens de la vision et des examens de dépistage des maladies de l’appareil visuel… tout en restant commerçants. Là aussi, la formation est courte et n’est pas médicale. La conclusion de l’examen effectué par l’opticien, son diagnostic, outre le danger d’être potentiellement faux en sous estimant ou au contraire en sur estimant la pathologie, ce pseudo diagnostic risque fort d’être assujetti aux considérations commerciales et orienté par ces dernières. On risque en conséquence d’assister à la multiplication d’examens secondaires et de surcharger la consultation ophtalmologique par des diagnostics alarmistes, infondés, erronés du fait de l’absence de connaissance médicale, d’expérience insuffisante, éléments qui permettent au médecin d’intégrer plusieurs données dans son diagnostic et de relativiser celui-ci. Là aussi, la meilleure réponse à la pénurie d’ophtalmologistes est tout simplement d’augmenter les postes formateurs des médecins ophtalmologistes, ou/et d’habiliter des collaborateurs sans implication commerciale, genre orthoptistes.

Trois facteurs se dégagent pour expliquer ce dérapage général vers la culture de la médiocrité actuelle qui n’épargne pas le secteur médical, et qui met en danger toute la société, par l’absence de rigueur professionnelle, par la perte de l’honnêteté et de l’éthique du travail.

-Le premier facteur est la pénurie médicale, qui permet l’installation de ces dérives parmi des professions en marge de la médecine.

-La deuxième cause que l’on peut invoquer est justement cette tendance à dévaloriser et banaliser les compétences de professions  exigeantes et ce mépris sociétal des instances.

-Enfin en troisième lieu, et concernant plutôt les deux premiers chapitres, il faut souligner l’effet de mode du « coaching » pour n’importe quoi y compris l’accouchement , l’engouement pour le développement et l’épanouissement en tout genre de l’individu avant tout, la recherche éperdue du « bien-être » personnel, constituant le lit des « médecines alternatives », faisant passer au second plan les éventuels dommages sur sa santé, la santé d’autrui, y compris de son propre enfant à venir, occasionnés par ces comportements égoîstes et irresponsables.

Nous nous trouvons malheureusement dans une époque de culture de masse, de médiocrité, qui a perdu son sens du raisonnement pertinent dans des domaines capitaux comme ceux par exemple, de l’éducation ou de la santé.

Art caritatif

En avez-vous assez, comme moi, d’entendre brailler les « Enfoirés » depuis vingt ans ? Avez-vous rigolé, vous aussi, devant le ridicule hélàs non mortel, de la chanson de Barbelivien et Siry « le Tibet c’est nous » , qui a insulté nos oreilles en avril 2008 ? Et là, bondissez-vous lorsque vous apprenez que Justin Timberlake sera sur scène en septembre pour chanter au profit de la Fondation « stand up to cancer » ? Plus fort encore, et c’est le cas de le dire, l’artiste Christophe Fort prévoit d’ériger des lettres colossales au-dessus de Marseille, à l’instar de celles d’ Hollywood, mettant en avant des motivations humanitaires et caritatives. Les lettres devraient être acquises par des mécènes, et « l’argent sera reversé à un grand centre de lutte contre le cancer et aux hôpitaux de Marseille. C’est cet aspect humain qui a séduit la mairie ». Ouf !!!MAIS QUEL BONHEUR CE CANCER ! Qui permet de faire passer n’importe quelle pilule ! Voilà de quoi river le clou même aux défenseurs de l’environnement qui osent, ces mécréants inhumains, invoquer des risques sur faune et flore.

Hollywood a son chewing-gum, Marseille sa savonnette, ce qui mérite bien sûr d’être inscrit en grand sur la montagne, surtout quand c’est pour une grande cause, le cancer . Bon, blague à part, on en a sérieusement marre, les cancéreux, d’avoir honte de ces désastres musicaux et monumentaux en tous genres mis sur notre dos, de nous sentir responsables de catastrophes musicales d’artistes qui chantent que le cancer c’est pas bien, dans des rimes d’une indigence littéraire qui ferait vomir même sans chimio, montées en un temps record, composées à la va-vite (les artistes s’en vantent même : »on a fait ça en une journée, c’était spontané… »). Stop les gars, oubliez-nous un peu, là…..On en a ras la perruque.

Le problème , c’est que le cancer n’est pas le seul concerné par cette dégoulinade de bons sentiments ; d’aucuns chantent contre la pauvreté (qui les en blâmerait), d’autres , au hasard de l’actu, pour l’Ethiopie(Renaud en 84), l’Arménie (Aznavour en 88), Bruel( pour la terre en 2006), le tout accompagné d’une sauce au clip débile, avec des chanteurs habillés tout de blanc (snif, c’est bô), un ou une soliste qui nous envoie des vocalises poignantes dans les tripes (et nous on est fragiles des tripes), avec en arrière-fond de préférence des petits Noirs à l’air vraiment très malheureux, ou une femme au regard ténébreux tenant un bébé dans ses bras (très porteur le bébé), ou bien encore des vieillards à l’air triste et désabusé reflétant toute la misère du monde (un peu moins porteur le vieillard quand-même).

L’hypocrisie du procédé permet, sous un vernis caritatif, de redorer son égo et relancer sa carrière pour bon nombre d’artistes un peu oubliés. Il permet aussi de faire passer n’importe quel projet, sans trop de débat. D’un point de vue qualitatif, le mauvais goût des clips et la médiocrité des chansons sont-ils vraiment au service des victimes ? On constate que les organismes caritatifs ou humanitaires font de plus en plus appel aux artistes pour porter leur cause, car la noble cause doit être en quelque sorte…esthétisée. Mais à quel point l’artiste inversement ne recherche-t il pas la bonne cause pour retrouver sa célébrité, à lui ? Œil pour œil, don pour don. La publicité pour l’artiste, autour de la prestation, est immédiate, considérable et pas bien coûteuse….

Du point de vue quantitatif à présent, l’efficacité à récolter des fortunes par toutes ces initiatives « humanitaires » ne sont plus à démontrer. Et là, ça devient carrément indécent, le gloss, le strass, le glitz, le bling-bling dans le grand spectacle de la charité, asséné au spectateur, par le fait de grands galas, de stars en Haute Couture, de la jet-set en grande pompe, tout cela n’a plus grand chose à voir avec l’art au service de la cause, mais plutôt de la cause au service du charity-business, bien éloigné des valeurs qu’il est censé transmettre, dénué de toute modestie, et jouant sur un chantage émotionnel pour la course au don. Les partenaires publicitaires peuvent se frotter les mains, le marché a de l’avenir, car en effet, la pauvreté, la famine , le sida, la mucoviscidose, la myopathie et le cancer ont de beaux jours devant eux. Tous ces fléaux ont-ils reculé depuis l’arrivée de ce cirque médiatico-humanitaire ? Comment se porte donc la recherche dans notre pays ? Les dérives financières, la misère devenant une manne juteuse à des pseudo-philanthropes, constituent les limites décentes du système. On se demande même si ce battage médiatique apporte quoi que ce soit aux intéressés, et ne les prolonge pas dans leur misère. En effet, plus le public donne et prouve ainsi que la mobilisation est efficace, plus l’état se désengage. On y assiste très nettement pour les victimes du tsunami, l’aide internationale a permis de parer au plus urgent, nourrir et abriter provisoirement la population affectée ; à présent, au moment où la reconstruction passe par l’intervention des gouvernements et des communautés locales, la situation stagne, les pouvoirs politiques, auxquels incombe la gestion de crise, se déresponsabilisent. Résultat chez nous, les Enfoirés sont toujours sur le terrain vingt ans plus tard.

Mais peut-être la conséquence la plus délétère du spectacle caritatif est sa perception par le public, et la conséquence sur son avenir. La réalité des causes défendues est souvent plus complexe qu’il n’est exposé au public; en jouant sur l’anesthésie du public par des méga-shows et sur sa mauvaise conscience par l’appel aux dons et aux records de générosité à battre, le business de la bienfaisance risque de devenir contre-productif. Le malheur se banalise, et le risque que le grand public devienne indifférent , lassé de se voir imposé cette surenchère jusqu’à la nausée sera peut-être le début d’un sentiment de saturation, conduisant à terme vers un désintérêt des bonnes causes, un déclin de cet effet de mode d’art-charity-business, et vers une diminution de la générosité publique.

Evidemment, on m’objectera de proposer autre chose, comment faire mieux ?…. Je n’en sais fichtre rien, et ce n’est pas mon propos. Moi j’appelle les cancéreux de tout poil à se mobiliser autour d’un disque « fuck the charity » (en anglais ça fait plus mieux bien), les fonds seront reversés à une entreprise de sabotage des lettres marseillaises, ou bien à l’AECD, l’association pour l’entartage des chanteurs de daube. C’est vrai, au fait, il fait quoi l’entarteur ?

Les associations et ligues pour la santé : avantages et dérives

A la suite de l’affaire Perruche, sept associations de défense aux personnes handicapées envoient une lettre ouverte au président Chirac demandant l’abrogation du premier article de la loi du 4 mars 2002 du droit des malades. Le début de l’histoire se situe en novembre 2000 où la Cour de Cassation donne raison aux parents de l’enfant Nicolas Perruche, né handicapé à la suite d’une erreur médicale, en octroyant à l’enfant né handicapé le droit d’être indemnisé de son propre préjudice, en dehors de l’indemnisation des parents. Cet « arrêt Perruche » voulait dire en d’autres termes qu’un enfant né handicapé pouvait se plaindre d’être né infirme plutôt que de n’être pas né, que la vie d’un handicapé ne méritait donc en aucun cas d’être vécue et devait être indemnisée. A la suite du tollé général provoqué dans l’opinion publique, mais également au sein du corps médical, la loi du 4 mars 2002 du droit des malades inscrit alors qu’il n’est pas possible d’être indemnisé pour le seul préjudice d’être né, en édictant comme article premier que « nul ne peut se prévaloir d’un préjudice du seul fait de sa naissance », et que seuls les parents de la personne handicapée peuvent demander réparation de leur préjudice. La personne handicapée quant à elle, a droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale, mais autant dire rien du tout, selon les signataires de la lettre ouverte au président Chirac. Par la suite et régulièrement cette loi est contestée et remise en cause par des parents, et finalement c’est en 2005 par la loi du 11 février 2005 que « la personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap » quel qu’il soit. Le président Chirac fait du handicap un des chantiers majeurs, la loi sur le handicap prévoit des compensations de façon concrète aux charges liées au handicap.

On s’aperçoit là du rôle incontournable des associations comme interlocutrices auprès des instances gouvernementales, incitant les familles à s’organiser dans le cadre associatif et exerçant grâce à leur structure organisée une pression sur les pouvoirs en place. L’association des Paralysés de France est emblématique à cet égard, en fédérant les handicapés et leurs familles, en leur faisant prendre conscience de leur pouvoir collectif et en forçant l’Etat à prendre ses responsabilités pour garantir aux handicapés leurs droits fondamentaux.

Depuis 1980 le nombre des associations de malades ne fait qu’augmenter et l’on en rescence 10 000 en France actuellement. Elles correspondent à une évolution de la société et de la perception des malades qui se veulent acteurs participant à leur maladie et à leurs traitements, et non plus subissant passivement l’omniscience ou le paternalisme des médecins. A quoi servent-elles ? Leur but premier est la défense des usagers, leur représentation, dans la mesure où elles sont agrées, dans les instances hospitalières (conseils d’administration des hôpitaux publics, commissions de relations avec les usagers, commissions régionales d’indemnisation) ou de santé publique (observatoires régionaux de la santé, organisations sanitaires régionales, unions régionales des caisses d’assurance maladie…). Des associations de patients ont fait part au Premier Ministre de la nécessité de faire avancer le projet relatif à l’accès au dossier médical. Par rapport au malade directement, les associations l’aident dans son quotidien, mais soutiennent aussi les familles, en proposant des solutions à des problèmes concrets rencontrés spécifiquement dans le cadre de la maladie concernée, en offrant un accès à des forums qui rassemblent bien plus que les seuls malades. Leurs sites permettent la mise en contacts des malades, qui y trouvent écoute, conseils, aide dans leur recherche, avec l’avantage indéniable qu’un malade informé sachant mieux se prendre en charge et mieux renseigné sera moins angoissé, moins démuni, moins tributaire de son médecin et moins consommateur des services hospitaliers ou d’urgence.

Les associations interviennent également dans la prévention, à l’instar de la Fédération Française de Cardiologie, comprenant cardiologues mais aussi de nombreux bénévoles, par le biais d’actions d’information, de campagnes sur les gestes qui sauvent, de brochures qu’elle diffuse…. Les associations montrent leur efficacité dans des actions de sensibilisation du public à certaines problématiques et de là, à la collecte de fonds destinés ensuite à la recherche par exemple. Les associations contre le sida ont largement contribué à la reconnaissance des malades et la réussite médiatique de l’ Association Française contre les Myopathies avec le Téléthon n’est plus à démontrer, servant pour une large part à favoriser la recherche, notamment le Généthon, ce laboratoire de recherche situé à Evry.

Enfin elles peuvent avoir également une vertu moralisatrice ; récemment, en juin 2009, le TRT-5 (groupe de travail interassociatif « Traitement et Recherche Thérapeutique » fondé par cinq associations de lutte contre le sida) veulent forcer les dirigeants de firmes pharmaceutiques à communiquer les modalités de rétributions consenties à des médecins et des chercheurs pour leurs participations à des manifestations scientifico-promotionnelles, ayant remarqué une hausse inexpliquée de ces versements.

Le bénévolat est le pivot de ces organisations associatives, mais le bénévolat ne doit pas occulter l’esprit critique sous prétexte d’engagement désintéressé, pas plus que les belles envolées artistico-médiatiques pour les bonnes causes ne doivent camoufler des dérives d’ordre financier. En France, la lutte contre le sida a été grevée de scandales financiers à répétition depuis 1995 : détournements des fonds du Comité Français d’Education à la Santé (composé de professionnels et non-professionnels de la santé), rapports accablants de l’IGAS sur la gestion de l’Agence française de lutte contre le sida (l’AFLS), scandale et dissolution de l’association »Ensemble Contre le Sida » en 2005, après l’échec du Sidaction, de l’aveu même de Pierre Bergé qui convenait avoir ignoré les dysfonctionnements graves et le « manque de vigilance dans le maniement des fonds ».

Récemment, en août 2008, le journal suisse « der Beobachter » dénonce le financement de la principale association allemande de patients (Deutsche Gesellschaft Für Versicherte und Patienten) par l’industrie pharmaceutique, le laboratoire Sanofi-Pasteur très exactement, à fin de promouvoir son vaccin Gardasil.

On citera encore l’exemple canadien où des firmes pharmaceutiques (laboratoire Pfizer) financent plusieurs associations, entre autres la Société Alzheimer, qui par retour d’ascenseur encouragent la consommation de leurs produits à travers les associations ou les groupements de malades, gonflant ainsi les ventes de médicaments, dont l’efficacité sur la démence, en outre, n’est pas formellement et unanimement acquise…(voir article de Ricard-Châtelain, paru en avril 2008 dans un journal canadien « le Soleil »)

Les associations de malades acceptant de l’argent des industriels pharmaceutiques sont manipulées, mais aussi les médecins dont la formation est payée par les laboratoires, ainsi que les revues scientifiques financées (ou est l’information scientifique indépendante et transparente ?), l’objectif ultime pour ces laboratoires étant d’influencer à leur profit les décisions publiques. Le groupement de malades devient un groupe de pression autour d’un profit financier, autrement dit devient….corruptif.

Si on pousse ce mécanisme à outrance, on pourrait très bien imaginer des associations de patients « montées » artificiellement par les groupes pharmaceutiques pour propulser de force un produit, pour influencer les politiques et les débats publics et imposer un médicament sans que quiconque ne s’aperçoive de ce vaste réseau de corruption manoeuvré par l’industrie du médicament !

En France on ne connaît pas forcément les associations ayant des intérêts financiers, car peu les déclarent. Toutefois le journal « Le Monde » publiait le 28 mai 2009 un article dénonçant les démarches mercantiles de certaines associations de malades, et les conséquences de ces conflits d’intérêts sur les autorités sanitaires et les politiciens pour orienter les réglementations et décisions législatives en faveur des laboratoires, bafouant ainsi les principes d’impartialité et d’indépendance ;(auteurs : Alain Bazot, Jean-Pierre Davant, Bruno Toussaint de la revue « Prescrire »).

Il est temps d’assainir par le biais des politiques la relation entre les associations de patients et l’industrie pharmaceutique, de garantir l’indépendance des médecins et des revues médicales, de retirer des produits réputés inefficaces, d’interdire aux laboratoires de diffuser une information médicale autrement que par le biais de professionnels de santé indépendants. Il faut aussi que les élus politiques assument leur responsabilité en la matière, soutiennent des initiatives financièrement et ne transfèrent pas leurs compétences vers une armada d’associations médiatisées. Plus important encore, c’est au niveau européen qu’une réglementation doit avoir lieu ; ainsi l’EPHA (European Public Health Alliance), l’AIM (Association internationale de la mutualité), le BEUC (organisation européenne de consommateurs) ont demandé à José Manuel Barrosso que les décisions concernant les produits pharmaceutiques ne soient plus subordonnées à la Direction Générale Entreprises et Industrie, en accointance directe avec les industriels du médicament. Les médicaments ne sont pas des marchandises comme les autres. Il en va non seulement de la probité des différents acteurs, ou de la qualité du système de santé, mais avant tout et surtout de la confiance du patient envers médecins, laboratoires et politiciens. Cette confiance, base de la relation médecin-malade, risque d’être mise à mal par ces dérives incontrôlables, et par conséquent il existe un risque de retour en arrière avec un refus en bloc des traitements de la part des malades, une méfiance accrue dans la population vis à vis des médicaments en général, comme on le vit actuellement, à tort ou à raison, là n’est pas la question, concernant la vaccination quasi imposée contre le virus H1N1.

Féminisation de la profession médicale

Jésus n’a pas choisi d’apôtre femme. Il lui fallait des acolytes à « disponibilité totale », des comparses travaillant à temps plein. Et puis, depuis le coup de la pomme, Eve, on s’en méfie, elle est à l’origine de toutes les complications de ce bas monde pour certains dinosaures , heureusement en voie de disparition, vieux mandarins ou patrons machistes compris, qui n’ont pas encore admis que l’évolution de la société passe par l’intégration et la reconnaissance de la femme pour ses vertus professionnelles particulières, pour ses capacités qui lui sont propres, à mener de front vie familiale et professionnelle, entre autres. Ce sont elles qui ont permis ce mouvement de moindre adhésion au concept de la disponibilité permanente, très partagé par nos aînés. Il est de plus en plus exclu pour le jeune confrère qui veut s’installer, de sacrifier l’intégralité de son existence à son activité, par souci d’une meilleure qualité de sa consultation, et aussi pour échapper au phénomène de « burn-out » que l’on constate malheureusement de plus en plus souvent chez les médecins débordés, ne comptant plus leur temps. La société et le malade en particulier ont donc tout à y gagner en matière de qualité.

La progression féminine dans le domaine professionnel, fruit de son émancipation arrachée de haute lutte lui a valu de pouvoir empiéter sur des domaines symboliquement dévolus aux hommes. Le problème est que l’émancipation de l’homme, qui demandait autant d’efforts et de volontés d’adaptation, n’a pas eu lieu. L’homme est à sa place depuis la nuit des temps et a du mal à ménager un peu d’espace à l’avancée féminine. Pour preuve, là où les femmes utilisent le temps libre à la famille, on constate que les hommes, arguant travailler moins pour s’inscrire plus dans la vie de famille, restent malheureusement dans les faits encore loin derrière l’activité féminine en matière de partage des tâches domestiques et d’éducation des enfants. Et cela ne s’intensifie pas, même en cas d’augmentation de l’activité de la mère-médecin.

La féminisation de la vocation médicale est chiffrée et réelle, de plus en plus de femmes s’y engagent ET terminent leurs études. Ces études ne sont pas réputées pour être faciles, or on constate en ce moment une meilleure réussite des femmes aux concours par rapport aux étudiants. Il est reconnu qu’elles sont des étudiantes souvent plus sérieuses et plus appliquées que leurs collègues masculins. Par ailleurs , ce « boom » féminin en médecine est bien la preuve que le métier requiert des qualités dont elles disposent, réputées plus « féminines », telles que la proximité avec les malades, une écoute plus patiente et plus douce. En effet, à quoi servent les compétences techniques et le savoir scientifique si le médecin est dénué d’aptitudes relationnelles et d’attention envers autrui ? Les femmes disposent très certainement d’une capacité d’écoute et de dialogue forte, de qualités relationnelles, tournées vers autrui plus présentes que celles des hommes, qualités qui étaient dévolues antérieurement aux infirmières et que la femme-médecin possède en elle en plus de ses compétences médicales.

Une des capacités incontestable de la femme est sa faculté d’organisation afin de mener de front plusieurs vies, notamment la vie de famille comme on l’a vu plus haut. Ce qui amène naturellement  à considérer le temps de travail féminin et le problème du mi-temps, que souvent elle revendique. Examinons les chiffres de la durée hebdomadaire du temps de travail chez les médecins et surtout leur évolution durant les trente dernières années. Dans les années soixante, la proportion des hommes chez les médecins était de 90%, effectuant en moyenne 50 heures par semaine, les 10% des femmes effectuant 40h hebdomadaires, cela nous donne 45 heures de travail hebdomadaire pour les médecins hommes, contre 4 heures pour les femmes, donc 49 h de disponibilité médicale hebdomadaire. Il est difficile d’apprécier exactement l’évolution des choses mais on peut raisonnablement se baser sur une répartition de l’activité médicale entre 50% d’hommes et 50% de femmes vers 2020. En admettant que les hommes conservent leur activité de 50% (ce qui risque de ne pas être le cas) et que les femmes augmentent la leur à 44 heures (elle ont déjà augmenté leur temps de travail de 40 à 42 heures entre 1977 et 2007), nous obtenons 25 heures hebdomadaires d’exercice médical pour les hommes et 22 pour les femmes, donc au total 47 heures de temps de travail médical par semaine. Le temps de travail tout confondu va donc diminuer vers 2020, même en admettant une hypothétique conservation du temps de travail chez les hommes, alors même que les femmes travailleront plus. (Selon un des rapports Berlan, il est prévu qu’en 2025, femmes et hommes aient atteint la même activité professionnelle moyenne, mais l’égalisation du temps de travail des femmes par rapport à celui des hommes sera en bonne partie dûe aussi à la réduction du temps de travail masculin.)

Le fait que la proportion des femmes ait triplé dans ces trente dernières années dans le corps médical ne compense donc pas, comme on le voit, la réduction du temps de travail des médecins, mais sans cette expansion toutefois, le corps médical aurait enregistré une encore plus importante réduction du temps de travail. Il ne s’agit donc pas d’incriminer bêtement la féminisation médicale comme une mise en péril de la profession, mais bien, et c’est le rôle des pouvoirs publics, d’intégrer cette donnée, au même titre que le vieillissement de la population, que l’inversion de la pyramide des âges, que la pénurie médicale globalement dans la gestion du numerus clausus. Mais quand donc enfin nos politiques  réaliseront que l’aménagement du numerus clausus doit être plus drastique, car ce qui est concédé actuellement ne suffira même pas, vers 2020, à stabiliser le temps de travail actuel des médecins. Il est injuste et démagogique d’accuser les femmes de la dégradation de la disponibilité médicale, car le travail au sein de la famille, à l’éducation des enfants, est profitable à la société tout en n’étant pas valorisé, pas rétribué, et même pas « visible ». Autre problème, celui de la « visibilité » justement de l’activité féminine professionnelle moindre, lorsqu’elle travaille à mi-temps, ce qui compromet ainsi souvent ses chances de promotion en milieu hospitalier.

Après l’examen quantitatif, considérons l’aspect qualitatif, évidemment plus difficile à chiffrer, mais il est notoire et reconnu que la productivité est bien meilleure à temps partiel, ce qui est logique. Plutôt que d’exiger des femmes de choisir entre vie professionnelle et vie familiale, il serait plus judicieux d’améliorer les systèmes de garde d’enfants et de lui permettre une meilleure disponibilité dans son métier. La reconnaissance du temps partiel servirait également la cause des hommes qui visent à réduire leur temps de travail, de concert avec une meilleure productivité dans l’exercice professionnel et un partage plus équitable des tâches à la maison. La meilleure qualité de vie est également revendiquée par les hommes. En mettant en place plus de postes à mi-temps, on éviterait sûrement une fuite du personnel médical et on orienterait vers ces postes la relève féminine.

Un reproche souvent fait aux femmes est l’interruption de son activité pour grossesse. Ce que les hommes ont parfois  tendance à considérer , un peu jalousement, comme le « privilège » féminin, les femmes ont l’intelligence de ne pas en tirer de sentiment de supériorité. Tout est dans la présentation des choses, on peut évidemment considérer cet acte de donner la vie comme purement égoïste et narcissique. En vérité il est motivé de générosité, c’est un acte citoyen, naturel qui plus est, qui mériterait bien plus de valorisation, surtout en ces temps de lamentations au sujet de la baisse de la natalité.

Et le malade dans tout ça ? Eh bien, il serait temps de l’habituer à cette nouvelle donne, la féminisation ayant pour avantage de laisser aux patients, mais plus spécifiquement aux patientes une plus grande liberté de choix d’un médecin de leur sexe.

Le problème des femmes aussi, inhérent peut-être à leur nature plus pacifiste, est qu’elles ne contestent pas l’ordre établi, ils ne s’agit pas pour elles de contrer des stéréotypes qui leur donne la responsabilité de tâches sexuées ; elles ne remettent pas non plus en question le fait que l’homme ne conçoive toujours pas de nos jours que sa femme s’investisse davantage professionnellement que lui. Elles ne veulent pas « dominer », capter le « pouvoir », mais seulement que l’homme lui laisse un peu de sa place au soleil, pour être son complément, son égal, et lui prouver, ainsi qu’à la société que l’on peut progresser vers d’autres horizons, vers d’autres schémas d’organisation du travail et de la société. Le système médical français va devoir s’adapter à cette nouvelle démographie, tendant vers une amélioration de la qualité de vie de chacun mais aussi une meilleure qualité du travail et une meilleure organisation du temps de travail.

En conclusion, pour faire face intelligemment à la féminisation de la profession médicale et de toute façon à la pénurie médicale, pour une organisation plus humaine de la médecine, il faut :

-impérativement et en premier lieu reconsidérer le numerus clausus à la hausse, pour gérer la pénurie prévisible et déjà en marche, les hommes aussi bien que les femmes qui veulent s’investir dans ce métier devant le faire sans craindre la surcharge de travail.

-organiser le transfert des compétences, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays européens.

-développer le temps partiel, en organisant des postes à mi-temps, avec la création de maisons de santé, qui hébergent plusieurs médecins, et plusieurs spécialités, des multi-sites avec des professionnels para-médicaux.

-gérer mieux les choix de spécialités, en rendant entre autres les postes à pourvoir en chirurgie plus attractifs aux femmes.

-améliorer les systèmes de garde d’enfants

-espérer un investissement masculin supplémentaire extra-professionnel….

C’est sûr, Le Christ de nos jours, avec un peu de bonne volonté, il aurait pris une apôtresse dans son équipe…..

information médicale et internet

Ce patient, venu pour son échographie thyroïdienne de contrôle, me pose des questions sur sa prise de sang, à savoir pourquoi sa TSH est élevée alors même que ses hormones thyroïdiennes sériques, élevées elles aussi devraient engendrer un feed-back négatif sur son système hypothalamo-hypophysaire, entraîner ainsi une chute de la TSH …et ainsi de suite , me ravivant des souvenirs un peu défraîchis d’endocrino-physio-pathologie. Rentrée chez moi, et pour ne plus être prise en flagrant délit de bafouillage, me voilà plongée dans des révisions , et quoi de plus naturel que d’aller au plus simple, à savoir sur le web.

Lors de mes pérégrinations je tombe sur un forum dédié à la pathologie thyroïdienne ; je vous livre brut quelques citations d’un échange inter-malades :

-« Mon médecin m’a dit que j’ai dû faire une thyroidite et que le lévo (Lévothyrox) allait me faire perdre des kg… »

-« ton médecin a tout faux. Dans le cas d’une hypothyroidie etc etc… »

plus loin :

« …c’est tout simplement que la thyroîde est niée enfin son impact sur l’organisme, au niveau médical. Elle est banalisée, la maladie n’est pas prise au sérieux du tout. 
Les Basedow ou hyperthyroîdiens ont un peu plus de « chance » de ce côté car les risques cardiaques qu’ils encourent font réagir les médecins de suite.  
 
Et quand aux examens supplémentaires à moins qu’il y ait des antécédents familiaux les médecins ne feront pas les analyses systématiquement. Ils préfèrent diagnostiquer une dépression. D’où d’ailleurs la France est en tête de prescriptions d’AD.  
 
Les médecins ne font pas aussi ces analyses car ils ont des ordres des administations. 
 
C’est malheureusement au patient de se battre et de se faire entendre. Certains choses commencent à évoluer grace à l’impact de internet; Les patients peuvent s’informer c’est d’ailleurs ce qui contrarient certains médecins, car maintenant ils ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent de leurs patients. »

Nous médecins devons donc faire face à ce phénomène d’auto-information, le malade surfe et glane des informations plus ou moins vérifiées, parfois entièrement fausses, dans tous les cas inadaptées à son cas précis à lui, puisque généralisantes, souvent mal comprises, et l’amenant à consulter, méfiant, le praticien pour une confirmation de son auto-diagnostic. Evidemment, en cas de désaccord, cette information erronée conduit souvent le patient à une défiance accrue vis à vis du médecin qu’il considère comme omni-puissant. Le corollaire est également la demande d’examens et d’hospitalisation abusifs que le médecin se sent obligé de prescrire pour trancher et réconforter son malade anxieux. Car c’est bien là le problème : le malade effectue sa recherche web en fonction de deux ou trois symptômes qu’il présente, il va s’arrêter ensuite sur les premiers résultats donnés, se « reconnaît » fatalement et en général opte pour le pire, sans pouvoir faire un tri de cette information, et sans avoir la possibilité de nuancer ces données, faute de connaissances médicales, par rapport à son propre cas.

D’où vient cette web-information médicale ?

Elle provient d’associations de malades, qui correspondent sur de nombreux forum. Le malade y cherche une réponse, mais qui ne sera pas scientifique, avec parfois des échanges sur des médications qui peuvent conduire le malade à les revendiquer auprès son médecin. Celui-ci aura alors bien du mal à le convaincre d’une éventuelle autre option thérapeutique.

L’information provient également de journaux médicaux spécialisés mais accessibles, et d’éditeurs qui synthétisent les données, puisque destinées à un lectorat averti, médical justement. Cette information-là ne sera pas comprise en l’absence d’un bagage scientifique.

Enfin citons les laboratoires et l’industrie pharmaceutique, qui bien entendu ne sont pas objectifs et pour lesquel le web est un outil publicitaire.

Mais à l’inverse, nous devons , nous médecins, accepter cette nouvelle donne. Il faudrait que le médecin soit reconnaissant pour cette nouvelle source d’information, qui le met en présence d’un malade émancipé, motivé à discuter du bien-fondé de ses examens ou traitements. La vision positive du médecin par rapport à un patient informé peut certainement conduire à une relation de confiance et à une meilleure motivation pour l’observance du traitement. Nous devons recevoir avec gratitude des données nouvelles sur une maladie que le malade, concerné et à l’affût de nouveautés, aura interceptées avant nous . Ce tableau idyllique toutefois est possible dans la mesure où existe une bonne relation entre médecin et patient.

Il doit y avoir une complémentarité entre l’information directe, celle venant du médecin, et l’information indirecte, celle venant de divers médias.

L’information médicale doit avant tout rester directe, effectuée par le professionnel de santé, qui adapte et gère la maladie et la conduite thérapeutique qui découle de ses constatations médicales. L’information indirecte est un apport supplémentaire qui doit générer une discussion en confiance entre un médecin et un malade, permettant une collaboration constructive entre ces deux acteurs, si les deux sont volontaires à s’écouter l’un l’autre, à accepter les modulations, les réserves des uns et des autres, sans que le praticien ne se drape dans un mépris de l’homme savant, sans que le malade ne s’emmure obstinément derrière des connaissances partielles et sans nuance.

En conclusion, on n’insistera jamais assez sur l’importance capitale de la relation humaine, de confiance, directe, bilatérale et réciproque entre le praticien et son malade, car l’information médicale sur le web est anxiogène, et même parfois fausse. Le médecin doit savoir accepter ces informations reçues hors du cadre médical, et doit être capable de discuter avec le malade d’éventuelles alternatives.

Le principe de précaution

Lorsque Jenner, en 1796, inocule à un enfant de huit ans du pus prélevé sur la main d’une femme infectée par la variole de la vache, puis trois mois plus tard la véritable variole, inventant ainsi la première vaccination, sa méthode empirique ne s’embarrassait guère du principe de précaution.

Que dirions-nous, de nos jours, si le Professeur Chris Barnard, pionnier de la greffe cardiaque, renouvelait comme il le fit en 1967 après le décès de son premier patient, une deuxième tentative de greffe un mois plus tard, sans garantie de succès ? Nous crierions au scandale et brandirions le fameux principe de précaution.

Il n’existe pas de définition concrète de ce principe mais l’énoncé dans la loi Barnier concernant l’environnement est le suivant :

« l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable ».

Le principe officiellement entériné en 1992 dans la Convention de Rio est inclus dans la Constitution française en 2005 par Jacques Chirac, et invoqué au-delà des questions environnementales jusque dans le domaine de la santé.

A quoi sert-il? Il vise à estimer le risque et le bénéfice d’évènements, de nouveautés, sur l’environnement ou la santé des personnes, tendant vers l’objectif utopique du risque zéro, tout au moins le plus réduit possible. Ses avantages sont : premièrement de pousser les décideurs à évaluer et quantifier le risque, deuxièmement de rendre compte au public et d’informer la population en toute transparence.

En matière de santé, le médecin prend un risque à chaque patient, celui de traiter ou ne pas traiter, d’intervenir ou ne pas intervenir. Dès lors que ce risque est présent, le praticien se trouve dans un dilemme délicat, qui induit soit une pléthore d’examens et donc de dépenses pour le réduire au maximum, ou bien qui conduit, à l’extrême, à une abstention totale, un immobilisme par crainte de poursuites judiciaires.

D’autres effets adverses, plus généraux, du principe de précaution sont développés à partir de trois exemples concrets.

1° Remise en question de l’intérêt général-

Dans une société le groupe est une entité dont l’intérêt, dit général, devient supérieur à la somme des intérêts individuels. Comment le principe de précaution remet-il ceci en cause ?

Récemment, une antenne de téléphonie a été démontée, par décision de justice confirmée en appel, au nom du principe de précaution, sous la pression d’associations. On voit bien là que l’angoisse générée par des groupes particuliers, alors même que le risque n’est qu’éventuel et que même les scientifiques divergent dans leurs conclusions, risque de priver, au nom du principe de précaution, les consommateurs d’un bien et d’une avancée technologique plébiscitée, améliorant la communication et permettant de sauver des vies dans des situations d’urgence ou de danger. Bien sûr que l’incertitude scientifique ne doit pas conduire à l’effet inverse, ou aucune mesure protectrice n’est entreprise comme dans les scandales du sang contaminé ou de l’amiante, mais on voit là dans l’exemple du démontage d’une antenne de téléphonie mobile le fait que l’intérêt général se retrouve assujetti à un intérêt particulier, ne concernant qu’un groupe de personnes, s’estimant victimes, alors même que le risque est incertain. N’est-on pas enclin à suspecter finalement les décideurs et les juges d’opter pour des solutions qui les protègent de toute accusation de négligence, mais pas forcément justifiées ?

Il est important de se poser un certain nombre de questions avant d’appliquer à l’aveugle le principe de précaution, à savoir si le risque existe réellement, à qui l’activité mise en question profite, et à qui le risque potentiel revient réellement.

2°-Principe de précaution abusif par méconnaissance d’avantages éloignés de notre quotidien, de nos préoccupations-

On prendra comme exemple les OGM. Leurs avantages sont connus alors que leurs éventuels effets délétères sur la santé sont loin d’être formellement démontrés. Les OGM permettent une augmentation du rendement des exploitations agricoles, en même temps qu’une éradication des maladies des céréales, alors qu’une bonne partie du globe, notamment l’Afrique, se meurt de faim. Ils favorisent une diminution de l’utilisation des pesticides et des fongicides, alors que dans certaines contrées ceux-ci sont manipulés par les paysans en dépit de toute précaution, et au mépris de leur santé. Ils diminuent le coût de l’alimentation. Les risques potentiels sur la santé humaine, mis en avant par des écologistes politiques, n’ont JAMAIS été démontrés. Evidemment, les bénéfices des OGM, peu perceptibles dans nos pays développés, paraissent éloignés de nos besoins, éloignés de nos soucis d’occidentaux bien nourris, bien équipés, ne souffrant pas de sous-alimentation, loin s’en faut. D’ailleurs la réglementation en matière d’OGM est exemplaire, et on devrait s’en inspirer dans d’autres domaines car elle prévoit :

-des séries d’évaluation avant mise en culture sur l’environnement et sur le risque sanitaire,

-une période complémentaire de surveillance continue et de suivi environnemental et sanitaire avec possibilité de retrait,

-et par dessus tout, une information des consommateurs par étiquetage des produits.

Justement, l’information ne devrait pas se limiter à la présence ou non d’OGM dans un produit, mais devrait porter plus généralement sur l’application salutaire des OGM, au-delà de nos œillères de consommateurs égoïstes et bien-portants, au-delà des cassandres écologistes entretenant ce climat délétère de méfiance vis à vis de la science et qui se répand insidieusement dans les esprits .

3- Immobilisme et refus du progrès-

Une jeune zone de recherche en plein essor consiste en les nanotechnologies. Les applications concernent de nombreux domaines, outre le domaine du quotidien (consoles de jeux plus performantes, écrans haute-résolution, ordinateurs plus puissants, électroménager, domaine de l’optique…) , ou celui de l’environnement (fabrication de panneaux solaires plus solides, de revêtements anti-corrosion, de catalyseurs chimiques, de stockage de l’énergie…), mentionnons celui de la santé, à travers les biocapteurs, les biomatériaux, les biopuces, les implants délivrant des médicaments « intelligents » de réparation cellulaire, en matière de cardiologie et de cancérologie.

Appliquer le principe de précaution dans les biotechnologies est illusoire, tant le domaine est vaste. On ne peut tester séparément dans chaque objet les nanoparticules présentes, mais on ne peut pas non plus bloquer un projet aussi prometteur sous prétexte du principe de précaution, qui se retournera alors contre cette recherche fondamentale s’il lui est imposé. Il faudra bien une concertation internationale, politique , scientifique et industrielle sur les moyens et les outils à développer, pour évaluer justement le risque au cas par cas. Il est nécessaire d’informer le public en toute transparence par un débat public, qui porterait plus utilement sur l’opportunité de l’application dans laquelle la nanoparticule est impliquée plutôt que sur la nanotechnologie elle-même.

Concluons par la citation de Bruno Latour, professeur au Cnam :

« Si nous n’y prenons pas garde, le principe de précaution, invention aussi utile que fragile, va se banaliser, au point de se confondre avec la simple prudence…Décider que l’on prend le risque n’interdit pas, bien au contraire, de multiplier les moyens de le mesurer . »

Travaillons à mesurer le risque avec justesse et justice, par des moyens suffisants et appropriés, avec, en perspective, le bénéfice pour l’humanité dans  l’application d’une nouvelle invention, d’un nouveau produit, plutôt que brandir prématurément et abusivement d’emblée un principe de précaution, utile s’il n’est pas galvaudé pour servir certains groupes d’intérêt ou certaines idéologies.

Les génériques, c’est tout automatique !

« Bonjour, je voudrais de l’acide acétylsatilic…, de l’acide acidilsalis…., non, de l’acide salisalécyl…., oh et puis zut ! ». Voilà une scène tout droit inspirée du fameux sketch des Inconnus, et qui risque de se renouveler dans bien des pharmacies, et le bafouillage de nos chers patients ne serait pas le plus grave…

Début novembre de cette année les députés de l’Assemblée Nationale votent un amendement obligeant les médecins à prescrire uniquement les médicaments génériqués. Jusqu’alors, depuis 2002, les praticiens peuvent prescrire au choix le médicament dit « de marque » ou bien le générique, et c’est le pharmacien qui propose au patient de lui délivrer le générique, ce qui est accepté dans la grande majorité des cas. Non seulement cette obligation imposée aux médecins est parfaitement contraire à la liberté de prescription et à l’indépendance professionnelle, mais il est curieux de constater qu’en parallèle, les mêmes députés adoptent un deuxième amendement « permettant » aux laboratoires de copier à l’identique (dans sa présentation : forme, couleur, saveur) le médicament d’origine. Une obligation d’un côté, une permission de l’autre ; un mise sous contrôle en perspective des prescriptions médicales par la Sécurité Sociale à droite, et une marge de manœuvre peu contraignante pour les labos à gauche (sans connotation politique !). Et pourquoi pas plutôt l’inverse ? Un contrôle plus rigoureux des agissements de l’industrie pharmaceutique, et pas seulement pour savoir si le suppositoire Y doit être rond ou conique ou si le sirop X doit avoir goût à la fraise ou la banane ? C’est utopique, ça ?

Les médicaments génériques sont sujets à certaines problématiques, justement entre autres le problème de repérage des boîtes par les couleurs et les formes des emballages et du produit lui-même, qui peut entraîner des confusions et des erreurs de posologie, notamment chez les personnes âgées ou étrangères ; le médecin prescrivait parfois sciemment un médicament de marque dont il savait que le patient en avait l’habitude et risquait moins d’erreurs dans sa prise.

Depuis l’arrivée des médicaments génériques, le médecin ignore complètement si le médicament prescrit sera remplacé par l’intervention du pharmacien et par lequel des différents génériques il pourra l’être. Il n’a aucun contrôle finalement sur sa propre presciption : « prescris et tais-toi »…., et ce d’autant plus que des « marges arrières », d’après un article du Canard Enchaîné en 2008, seraient rétrocédées par les laboratoires à des pharmaciens distributeurs de leurs spécialités génériquées.

L’amendement, de par sa formulation , ne semble pas vouloir contraindre le fabricant à respecter également la composition excipiendaire. L’autorisation de mise sur le marché pour un générique s’attache essentiellement à vérifier sa non-toxicité. Mais son efficacité est-elle aussi sûre et aussi vérifiée, dans la mesure où elle dépend de la galénique, c’est à dire ce qui entoure le médicament, les co-principes qui conditionnent au principe actif sa durée de vie plasmatique, son absorption digestive, son « arrivée » aux organes concernés ? Qui peut garantir que le fabricant ne sera pas tenté d’envelopper son produit avec des excipients moins coûteux, dont l’efficacité en concommittance avec le produit princeps n’est pas vérifiée, et dont la toxicité ou le possible risque allergique ne sont pas recherchés ni même leur potentielle intolérance ?

On distingue trois types de génériques :

-la copie conforme : même produit, mêmes quantités, même forme galénique, mêmes excipients, même labo d’ailleurs souvent.

-les médicaments assimilables : il existe quelques modifications minimes de la forme galénique ou bien du principe actif même.

-les médicaments essentiellement similaires. L’excipient change, mais pas la forme galénique, ni la substance active.

Tous ces génériques doivent faire preuve de la « bioéquivalence » , qui stipule que les valeurs de la quantité et de la vitesse de passage de la substance active dans le sang ne diffère pas de plus de 20 à 25% de celle du médicament original. Ce qui pose plusieurs problèmes. D’abord on ne peut prétendre au patient, par honnêteté et à l’heure où on nous rebat les oreilles avec le consentement éclairé du malade, que le générique est tout à fait identique à l’original. Par ailleurs, la fameuse bioéquivalence est testée sur un panel de sujets sains, et encore panel assez réduit, et dans des conditions bien éloignées de la vraie vie, dans laquelle le médecin est confronté à de vrais malades, avec de vraies pathologies multiples et imbriquées, et possédant de vrais systèmes digestifs pas bien neufs, et qui n’ont pas non plus tous vingt ans !

On évoquera aussi la controverse des médicaments dits de « faible marge thérapeutique ». Il s’agit essentiellement de médicaments concernant la cardiologie, mais également des anti-épileptiques ou des antidiabétiques. Ces médicaments ont la particularité d’être très vite soit inefficaces soit très toxiques avec même une faible variation du taux plasmatique, à l’instar (ceci pour comprendre) de la toxicité de l’irradiation subie par les malades d’Epinal dès 7% de sur-irradiation, ce qui apparaît très peu avec pourtant des conséquences épouvantablement dramatiques. Ainsi des cas de recrudescence de crises épileptiques ont été décrits chez des malades pour lesquels on a substitué le princeps par le générique (lamotrigine). Certains cardiologues alertent sur un problème d’efficacité d’un générique anti-hypertenseur par rapport au médicament initial, avec des patients retrouvant leur tension artérielle normalisée après reprise du traitement d’origine (médicaments anti-calciques). Même constat avec des médicaments béta-bloqueurs sur le rythme cardiaque ou des produits destinés au traitement de l’insuffisance cardiaque.

L’argument de poids invoqué pour la prescription de génériques est leur plus faible coût. A-t on poussé la curiosité d’évaluer le gain pour la Sécurité Sociale, alors qu’il existe souvent plusieurs génériques possibles pour un même médicament, émanant de différents laboratoires ?

Le Spasfon par exemple coûte 2,82 euros pour 30 comprimés alors que le générique Phloroglucinol Orodispersible coûte 2,12 euros pour seulement 10 comprimés. Faites le calcul…

Et les éventuels effets adverses ou d’intolérance dûs à des excipients mal supportés entraînant des surcoûts d’hospitalisation ou de prescriptions supplémentaires ont-ils été évalués, et sont-ils évaluables d’ailleurs ?

Alors en résumé, au lieu de s’évertuer à restreindre encore un peu plus la liberté d’action des prescripteurs , de chercher à enfermer le médecin dans un système contrôlé, si on s’attachait plutôt à EXIGER (et non pas « autoriser ») certaines garanties de la part des laboratoires fabricants de médicaments?

-      exiger des médicaments complètement à l’identique (pas seulement par la couleur ou la forme)

-      exiger une étude plus rigoureuse et plus représentative de la biodisponibilité et des bioéquivalences .

-      exiger une interrogation sur l’effet des excipients en matière de risque allergisant, de modification de l’absorption, de toxicité ou de tolérance.

-      revendiquer des médicaments dépourvus d’excipients connus pour être toxiques ou allergisant (soja) ou dont on ne connaît pas réellement l’impact.

-      Exiger la non-fabrication de génériques pour les médicaments à marge thérapeutique étroite et permettre ainsi au médecin de prescrire le produit d’origine, dont lui, et son patient ont l’habitude, sans que le pharmacien ne substitue.

-      Exiger une régulation sur la fabrication du générique afin de ne pas se retrouver avec dix génériques pour un même produit, et ainsi de ne plus savoir ce que le malade avale réellement.

On ne peut donc rester serein par rapport aux dérives possibles du marché du générique, et encore je n’aborde pas les cas survenus à l’étranger de lots retirés de certains produits en raison de dosages défectueux ou de fabrication défaillante…Cela nous occasionnerait un mal de crâne épouvantable et il nous faudrait prendre rapidement de l’acide acilisali…., de l’acide acétasilaci…, de l’acide acétylsilila…., bon sang, de l’Aspirine quoi !

Séries médicales télévisées

Le cuisinier regarde-t il, lorsqu’il rentre de son labeur, les séries consacrées à l’art culinaire ? Le décorateur les émissions de « relooking » d’appartements ? L’agent de police, ‘Columbo’? Le médecin, les séries médicales ? La multiplication de ces émissions donne le vertige, alors nous avons là dans le désordre : ‘Urgences’, ‘Nip/Tuck’,’Grey’s Anatomy’, ‘l’Hôpital’, ‘Dr House’, ‘Plus belle la vie’, ‘Dr Quinn femme médecin’….La question est : est-ce que ces séries, destinées finalement à Monsieur-tout-le monde, influencent notre vie quotidienne, notre rapport à la médecine, notre façon de réagir face au milieu médical  et à la maladie? Suscitent-elles des vocations ?

En faisant appel dans ces séries à notre peur ancestrale de la douleur, de la maladie et de la mort, on peut se demander si nous ne cultivons  pas une hypochondrie délétère auprès du spectateur, bien que souvent, mais pas toujours, l’épisode se termine favorablement. Mais jusqu’où va l’identification du spectateur avec le patient virtuel ? Il est à craindre que le malade adepte de séries finira bien par trouver la consultation chez son vrai docteur trop courte, et les examens complémentaires prescrits trop peu nombreux. Les séries émanent en grande partie des Etats-Unis, où la technicité de la médecine américaine et son accessibilité apparente sont bien éloignées de ce que nous pouvons offrir en pratique en Europe. Sauf peut-être dans ‘Dr House’, praticien interniste privilégiant encore l’examen clinique, série pour laquelle je m’interroge si je suis la seule sur la planète à la trouver parfaitement inepte ??? Pardon, je sais qu’il y a des fans, mais en trente ans de carrière on ne sera confronté peut-être qu’à un seul des cas exotiques que Dr House voit en une semaine et solutionne en une heure. Les cas sont ce qu’on appelle des « moutons à cinq pattes », c’est à dire qu’on ne les rencontre quasiment jamais en pratique réelle,  et ils sont résolus dans l’incompréhension très vraisemblable de 99% des spectateurs. Cette série a le mérite toutefois de s’intéresser à des problèmes de médecine interne, car généralement, les héros, les vrais, ce sont les hommes en vert, j’ai nommé les chirurgiens, les vrais docs en somme, ceux qui savent TOUT faire, diagnostiquer le problème médical et opérer dans la foulée, cinq heures durant s’il le faut, alors que de mon temps d’étudiante (ça remonte..), l’une des préoccupations du chirurgien  était de ne pas faire lui-même un collapsus à la suite de la station debout prolongée. Bande de mauviettes…Ce qui fait donc que le malade auquel vous aurez diagnostiqué une cholécystite vous demandera d’abord quand-est ce qu’il aura son IRM et puis son PET-scan, siouplé, et ensuite quand-est ce que vous effectuerez sa cholécysto sous coelio avec lithotritie au laser troisième génération télécommandé par ordinateur BX2RK comme dans l’épisode 9654 de la série Urgence….

Quant à éveiller des vocations, cela paraît difficile, tant les protagonistes sont occupés en dehors de leur supposée activité médicale à sauver des enfants suicidaires, à tenir la main d’une pauvre vieille clocharde malade, à régler leurs histoires de cœur (pour employer un terme décent) quand il ne s’agit pas des problèmes de cœur (toujours pour employer un terme décent) de leurs collègues, tout ça dans un décor de tubes, tuyauteries et machinerie clignotante. On dirait que le personnel passe à peu près , dans un bon jour, une petite demi-heure dans le service à s’occuper des patients, dans une journée où en pratique mes chers confrères et moi-même ne trouvons parfois pas le temps d’aller vider nos propres vessies, et où prendre un café relève de l’utopie. Du coup tous ces gens dans le petit écran, étant occupés à bien plus intéressant qu’une grippe ou un furoncle, ne deviennent attentifs qu’en cas d’hémorragie cataclysmique ou bien d’une nécessité de dé-choquage. Et là, la moindre opération devient une catastrophe, hautement dramatisée, suivie d’une réanimation spectaculaire, avec la famille qui regarde par le hublot de la salle d’opération quand elle ne rentre pas carrément tenir la main du parent pris en charge. Ils ne connaissent donc pas l’asepsie en Amérique dans leurs hôpitaux ? Le staphylocoque s’arrête poliment à la porte de la salle d’intervention ? Les infections nosocomiales ont l’air d’être traitées par le mépris…

Bref, nonobstant, ne nous privons pas de ces tranches irréalistes dans le monde effrayant du corps et de la santé, où nous sommes pris en charge par des médecins beaux comme des dieux, avec un sixième et même septième sens pour nous sauver la vie, traversant les couloirs la blouse (verte de préférence) flottant au vent, le regard fixé vers l’horizon de leur devoir, le jarret ferme et tendu, la chevelure ondoyante, la vocation chevillée à leur corps irréprochable…..Wouaouhhh, Georges mon beau Georges (mais non, pas le voisin! Clooney bien sûr), quand tu veux, je suis ton homme……

Qu’en est-il du « syndrome méditerranéen » ?

Le « syndrome méditerranéen » désigne un comportement d’exagération des symptômes de la part d’un patient, et ce, du fait de ses origines, et de sa culture .

Ce terme méprisant , révélateur d’un racisme doctoral et médicalisé provient de deux facteurs :

-De l’attitude non coutumière , inhabituelle, « folklorique » , et ressentie comme surjouée du patient étranger qui exprime sa plainte.

-De la tendance concomitante du personnel soignant à classer les malades entre faciles et difficiles, compliants ou…casse-pieds, « bons » et « mauvais » malades.

La personne étrangère à notre mode de vie, à notre culture, qui consulte dans notre pays , est confrontée à deux problèmes :

-Celui de la communication par le langage

-Celui de son vécu de la douleur, dépendant de facteurs individuels et culturels.

Tout d’abord  la relation malade-médecin passe par une bonne communication, et l’on peut constater que le problème de la langue et le sentiment d’incompréhension de la part du souffrant majorent son angoisse, et de là très certainement ses symptômes. Au problème purement linguistique s’ajoute la capacité propre de la personne à verbaliser son mal, ceci dépend de la richesse du vocabulaire dont elle dispose, et peut être pauvre dans sa propre langue. Quelle sera la réaction du médecin face à cela ? Aura-t il la même réaction attentive face à un malade, étranger ou non d’ailleurs, qui saura exprimer avec un florilège de mots sa souffrance , par rapport à une personne dont le bagage linguistique est pauvre, et qui s’aidera de comparaisons maladroites ? Instinctivement il rejettera ce langage plus ou moins imagé, plus ou moins répétitif ou fruste comme non-scientifique et donc dénué d’intérêt, et sous-estimera la plainte douloureuse.

Dans l’analyse de la douleur et de son vécu on doit distinguer

-seuil douloureux,

-seuil de tolérance à la douleur,

- expression de la douleur.

Pour schématiser, objectivement le seuil douloureux est, en l’absence de lésion du système nerveux, commun à tous. Par contre le seuil de tolérance à la douleur diffère selon les facteurs socio-professionnels, économiques, psychologiques, biologiques. Il est certain qu’on supportera moins bien une douleur dans un contexte de pauvreté, de chômage, de dépression, de grand âge, ou lorsqu’on est déjà atteint et affaibli par une autre maladie.

L’expression de la douleur, elle, est étroitement liée au facteur culturel. En effet, la  douleur, du moins son expression, n’est pas toujours proportionnelle à la gravité de la maladie et dépend aussi bien de la personnalité du sujet que de sa culture. La dimension individuelle de la douleur d’un patient est non partageable, elle dépend de son état psychologique, de son expérience personnelle ; par contre la dimension culturelle découle de l’appartenance d’un individu à un groupe culturel, ethnique et religieux, pour lequel le comportement face à la douleur est commun au groupe, coutumier et transmis à travers les générations.

L’aspect culturel comprend la dimension religieuse, sur laquelle il convient de se pencher. Il est évident que le musulman, le juif et le chrétien n’auront pas le même vécu, le même ressenti, la même attitude vis à vis de la douleur.

Pour le chrétien la douleur est une façon de se rapprocher de la perfection, de Dieu. La douleur a une valeur rédemptrice, elle doit être endurée stoïquement comme une punition et à fin d’expier nos péchés, à l’instar de Jésus qui accepta son calvaire pour nous laver de toute faute. C’est bien cet encombrant héritage chrétien qui a retardé à ce point la prise en charge médicale de la douleur dans notre pays .

Pour les judaïques, la douleur est perçue comme une épreuve pour renforcer les hommes, mais il n’y a pas d’attitude de mortification, la révolte est autorisée.

Dans l’Islam non plus on n’est pas confronté à la notion du juste souffrant, Dieu est essentiellement tout-puissant, le fidèle doit remettre sa vie entre ses mains, la douleur est plutôt intégrée dans une optique de prédestination, inscrite dans la condition humaine. Mais, et c’est là toute la différence d’avec la culture chrétienne, Dieu a donné à l’homme le droit et les moyens de la combattre. Etant donné que la douleur n’est pas un châtiment, la personne musulmane n’a pas d’entrave religieuse à adhérer à un traitement contre sa douleur, à le revendiquer, à le demander facilement, puisque l’humain avec l’aval divin peut tout mettre en oeuvre pour la faire disparaître .

Deux questions découlent de ces observations :

-Est-ce éthique de faire de la différence culturelle un critère dans la prise en charge de la douleur ?

-Est-ce d’actualité ?

A la première question , nous répondrons non, si la considération culturelle devient discriminatrice. Par contre si cet aspect de la personne étrangère à traiter est compris dans une prise en charge globale de la douleur et débouche sur une meilleure appréhension du problème, alors il est souhaitable de connaître et de comprendre ces différences culturelles et d’origines.

A la deuxième question l’avenir répondra. Il est vrai que les populations sont de moins en moins confinées et qu’il existe une mondialisation dans la culture, les goûts, les comportements, les habitudes de vie, et qu’on peut s’attendre à ce que la  différence de vécu face à la maladie, la douleur , la mort soit progressivement gommée .

Pour conclure, il est indispensable d’opter pour une prise en charge globale de la plainte, parce que le malade, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, cherche toujours la raison de sa douleur, il cherche à comprendre ce qui cause son mal. Si le médecin n’est pas enclin à l’écouter, à le considérer dans son entité individuelle, psychologique, sociale et ne fait pas l’effort de comprendre ses patients en fonction de leur appartenance à des groupes culturels différents, alors il ne faudra pas s’étonner que le malade, se sentant incompris, rejeté, voire méprisé, aille trouver les réponses ailleurs, chez des guérisseurs ou des rebouteux plus ou moins honnêtes, mais qui, eux, apporteront toujours des… « réponses ».

« L’innocence » de la pensée verte

Il existe en politique ce que l’on peut appeler un « crédit historique ». Lorsque vous vous revendiquez du communisme, on vous jettera à la figure le Goulag, Staline, le mur, même si vous vous référez à Karl Marx pour vous justifier. Si vous êtes d’extrême droite se dressera devant vous l’épouvantail du nazisme, tandis que les adeptes du libéralisme se verront reprocher la paupérisation de la classe ouvrière et le travail des enfants au IXe siècle. Bref, chaque direction politique a son cadavre dans le placard. Les seuls qui parviennent à garder un avantage, un crédit dans le regard de l’opinion publique sont les Verts. Il n’est même pas besoin de s’afficher Vert, il suffit de prôner « la pensée verte », comme certains hommes écologiquement engagés, très populaires par leurs films ou documentaires, assurés de la reconnaissance publique, considérés comme les chevaliers blancs chevauchant des « positions vertes » , éthiquement vertueuses et de haute valeur permettant une imparable argumentation dans la concurrence politique. Il est important d’avoir ce genre d’homme dans son camp, car il lui confère une aura d’innocence et de pureté de pensée, ce qui évite d’avoir à se justifier. Celui qui plaide en faveur de la biotechnologie agricole est immédiatement suspect de collusion avec les industries de l’état et de recherche du profit ; celui qui est contre grimpe à coup sûr quelques étages sur l’échelle de l’éthique et des préoccupations supérieures concernant la santé des hommes et de l’environnement. Que ces préoccupations humanistes animent AUSSI les défenseurs de la technologie de modifications génétiques des plantes, ceci est totalement occulté. On nous prévient des méfaits du progrès, s’interroge-t- on sur les méfaits et les risques du refus du progrès ? Parle-t on des victimes des Verts ? Quelques exemples :

-Joschka Fischer, Vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères d’Allemagne jusqu’en 2005, engagé dans le parti écologiste allemand « Die Grünen » , interdisait dans les années 80, en tant que ministre de l’Environnement et de l’Energie du Land Hessen, la fabrication d’une insuline bien mieux supportée par les malades diabétiques insulino-dépendants, sous prétexte qu’elle était fabriquée par modification génétique. Il s’agissait pourtant d’un incontestable progrès sur la santé humaine par un organisme génétiquement modifié.

-Le maïs transgénique est moins atteint par un champignon vénéneux (mycotoxines de Fusarium) provoquant des spina bifida chez les enfants dans les pays où il constitue la nourriture de base, mais suscite les oppositions que l’on connaît chez les Verts.

-La Zambie a refusé, en 2002, l’aide américaine à sa population pourtant affamée, en raison du caractère transgénique du maïs envoyé par l’aide américaine.

-Les Verts européens et nord-américains, signataires du traité de Stockholm sur les « POP » (Polluants Organiques Persistants) en 2001 ont obtenu l’abolition d’un pesticide puissant, le DDT, qui tuait les moustiques vecteurs de la malaria, maladie mortelle contre laquelle les médicaments dont on dispose ne sont que très faiblement efficaces et favorisent par-dessus le marché l’apparition de souches parasitaires résistantes. A ce jour, 1,5 millions de personnes meurent par an de maladies tropicales avec une recrudescence de cette maladie, qui ne reste donc pas stable et qui augmente aussi en virulence. Pour l’instant rien ne remplace, hélas, l’efficacité du DDT.

A-t on compté les « morts verts » ? Se méfie-t on suffisamment de  l’extrémisme vert ? Les Verts sont la voix de la « génération-peur » des années 70, ils répandent , par leur politique d’empêchement , un climat d’anxiété de masse, sous couvert de leur innocence politique. Au début, devant la pollution grandissante des eaux et de l’air, le réflexe vert était défendable, nécessaire et salutaire. A présent, alors que l’industrie s’efforce de devenir plus propre, que les réserves naturelles protégées augmentent, que des espèces animales en voie de disparition voient leur effectif en recrudescence, que des produits polluants sont retirés, que des efforts existent pour favoriser les énergies propres et l’économie énergétique, la critique justifiée se transforme de plus en plus en idéologie mal nuancée, trop systématique, entraînant des réactions extrémistes, délétères à des populations ne possédant pas notre niveau de vie, pour lesquelles le luxe de la pensée verte ne peut exister, en raison de la famine qu’elles connaissent ou des conditions sanitaires favorisant la propagation de graves maladies. Avons-nous le droit de leur imposer cette pensée vertueuse au péril de leur existence ?

L’environnement va mieux, ou pas plus mal, mais les scénarii sont de plus en plus apocalyptiques, le business des Verts étant la création de la peur. Aujourd’hui, depuis l’existence de leur ennemi de toujours (l’énergie atomique), les Verts sont contre les techniques génétiques, la construction de routes, les ordinateurs, les téléphones mobiles, les études sur les cellules souches, les éoliennes et l’énergie solaire. La pensée verte parvient avec succès à rendre suspectes des technologies nouvelles, mais le prix à payer si on ne les utilise pas n’est jamais un sujet. La réaction extrême entraîne une tendance à la méfiance dans la population, dont on s’aperçoit parfois vis à vis de techniques à bénéfice prouvé, par exemple la vaccination, qui a apporté à l’humanité un incontestable progrès. Ce progrès a un prix, quel est celui de son empêchement ?

Le « vert-extrêmisme » finira par considérer l’homme lui-même comme un fléau, c’est la contradiction même de la pensée verte : sauver la Création par une attitude anti-progressiste, dût-elle anéantir le genre humain.

La pensée verte est bienvenue, pour la préservation de la Création, mais en gardant à l’esprit que les diabétiques, les malariens, et les affamés d’Afrique en font partie, eux aussi.

Le médecin à travers les âges

Si vos pas vous mènent un jour à Beaune, vous visiterez l’Hôtel- Dieu, qui, outre sa toiture de tuiles multicolores en terre cuite émaillée, sa salle commune des « pôvres », son polyptique de l’artiste flamand Rogier van der Weyden du XVème siècle, comporte également une pittoresque apothicairerie. Le contenu des pots alignés sur les étagères de bois, datant de 1782, laisse pantois  : yeux d’écrevisses, poudre de cloportes, argile ocreuse, poudre d’ipécauanha, alcoolat thériacal, et là vous vous dites que, nom d’un alambic, on l’a échappé belle, surtout s’il fallait faire avaler  ce genre de produit à nos têtes blondes…

La période avant Hippocrate se caractérise par une médecine primitive  sacerdotale s’exerçant dans les temples (Egyptiens, Grecs, Hébreux, Romains), agrémentée de quelques notions empiriques(recettes contre morsures de serpents, contre les maladies des yeux). Dans l’Antiquité, le prêtre était aussi médecin, et officiait à l’aide de rituels pour appeler la guérison.

Hippocrate(460 avt JC) codifie les connaissances, créé l’humorisme (bile jaune, bile noire, sang, pituite) et invente le naturisme. Le médecin doit se garder de contrarier l’effort de la nature en intervenant. Ce n’est que si elle ne suffit pas à vaincre que le médecin doit aider, et favoriser l’élimination des humeurs (action des contraires), donc par des saignées, purgatifs, évacuants, pour éliminer les humeurs nuisibles. La diète était préconisée au maximum du mal, et l’alimentation dans la phase de déclin . Tout cela avait vraisemblablement l’effet d’affaiblir et d’achever plus efficacement le malade ; autrement dit, le médecin contribuait à la sélection naturelle des constitutions les plus résistantes…

Jusqu’au bas Moyen-Âge, la profession médicale a une auréole de terreur et de mystère, elle est assimilée au sacré. Globalement, le Moyen-Âge est caractérisé par la défiance de l’homme du peuple vis à vis du médecin. On ne se fait pas d’illusion sur l’efficacité de son traitement. On le raille, par exemple dans la mode de la danse macabre, dès 1442, ou le médecin est représenté côtoyant la mort, et c’est elle qui mène la danse, suivie d’autres personnes, le pape, même, en tête. De toute façon la mort est sans importance, puisque c’est la vie après la mort qui compte.

Toutefois,vers les XIIème/ XIII ème siècles on assiste, sur le pourtour méditerranéen, à une professionnalisation de la médecine, avec mise en place de collèges de praticiens, création de facultés et grandes écoles organisées en corporations, n’admettant parmi les professionnels que ceux détenant les titres universitaires ( en 1120 Bologne et Paris sont les premières universités), dont le savoir est positivement accueilli par la population lettrée. Des manuels médicaux de l’époque parlent de la nécessaire obéissance du patient, et de la confiance qu’il doit témoigner au médecin, que celui-ci doit inspirer (discours encore moderne), et codifient les relations malade-médecin par les « pactes de guérison » apparaissant au XII ème siècle. La guérison , dont dépend la rétribution du médecin, peut être toute relative, avec juste une amélioration d’un état maladif de départ. La responsabilité du médecin n’est pas dans une obligation de résultat, mais plutôt dans une fonction d’observation du malade avec une capacité de pronostiquer l’issue, ce qui pouvait être plus ou moins facile selon l’expérience et les pathologies courantes de l’époque (lèpre, peste, variole). Le médecin, incapable de soigner véritablement ces fléaux, s’attache plus à prendre en charge l’individu globalement, en se basant sur sa complexion et en prescrivant régimes et clystères (lavements), toujours en faisant appel à l’autorité d’Hippocrate, Galien, Avicenne, Averoés etc, pour légitimer et renforcer ainsi sa fonction. Et puis après, on invoque la volonté divine , selon laquelle l’épidémie évolue, car en effet, le Très-Haut a créé la médecine dans sa grande générosité, mais lui seul guérit le mal, et ce subterfuge garantit au praticien un pouvoir de conviction auprès de la « patientèle » illettrée et ignorante. Mentionnons encore que l’époque donne naissance aux premiers « hôpitaux », et que l’on voit fleurir les Hôtel-Dieu et les hôpitaux dits de Charité.

Au XVIème siècle, le médecin jouit d’un statut supérieur à celui du chirurgien ou du barbier. On combat encore les maladies par des méthodes entre remèdes populaires de bonne renommée et recherches alchimistes. La syphilis par exemple se traite par le vif argent (mercure),  du bois de gayac, de la salsepareille ….La médecine se définit encore comme la pratique de la philosophie naturelle sur le corps humain en se référant à Hippocrate, et Rabelais, médecin et humaniste, est une figure phare de l’époque. Le médecin est en butte à des attaques acerbes et poèmes satiriques à l’instar de la « Nef des Fous » de Sébastien Brant (La Nef des Folz, 1498). La simple raillerie devient attaque haineuse, d’autant plus que l’espoir en le pouvoir du médecin est profond. La médecine fait néanmoins beaucoup de progrès, on remet en question les connaissances anatomiques et physiologiques admises jusque là, il existe une soif de connaissances , les dissections, quoiqu’encore rarement, sont permises, mais, de tous ces progrès dans les connaissances, la masse paysanne profite peu.

Sous Molière , la médecine rentre dans les mœurs, la vie devient le bien le plus précieux de l’homme , une fin en soi. La pensée du malade ne va pas vers la mort mais vers le médecin qui accompagne l’homme. La spécialisation croissante entraîne une nouvelle hiérarchie sociale dont le médecin et l’apothicaire occupent le sommet. A cette époque les maux de l’homme provenaient ou du ventre ou de la tête.  L’opération « de la pierre » où l’on incisait la région de la mastoïde et extrayait des cailloux était très à la mode. En témoignent les tableaux de Jean Steen (« les pierres de tête » au XVIIème siècle) ou la gravure  de Breughel montrant « l’extraction de la pierre de folie «  (XVIème siècle), l’extraction étant une sorte de jonglerie, car les médecins savaient déjà que beaucoup de névropathes ou déséquilibrés dépeignent d’étranges douleurs céphaliques, et ainsi quelques peu scrupuleux médicastres abusaient de la crédulité des malades par une habile mise en scène. D’un autre point de vue, ces médecins apportaient vraisemblablement  un soulagement réel, par une sorte d’effet placebo. On trouvait dans le jargon et les explications des médecins un mariage intime de la morale et de la médecine , par exemple les vices de l’incontinence qui « corrompent l’âme », « compromettent le salut », comme un avant-goût des châtiments de l’au-delà. Au fur et à mesure que la science médicale avance, trouve des relations dans le monde des maux, leurs causes et leurs remèdes, le  sentiment populaire de l’injustice universelle trouvait de nouvelles raisons de moquerie et de haine. L’issue de comportements amoraux est la maladie ; parallèlement Molière met en lumière la morgue du médecin, son jargon, destinés à impressionner le malade par l’apparence, quand il est incapable de compter sur les résultats réels de ses traitements.

Au XVIII ème siècle, l’art de guérir et de prolonger la vie se transforme en une science, avec ses aléas et ses incertitudes. Et l’évolution de la science se révèle à l’homme dans ce qui le touche le plus directement : la médecine. Elle fait de grands progrès, les hommes n’ont plus peur des épidémies, qui ne s’accompagnent plus de terreur mais sont considérées de sang-froid. La maladie n’est plus un fléau envoyé de Dieu, fait relevant de la religion , mais une simple calamité physiologique. Elle perd son prestige auréolé de superstition et retombe au rang des viles choses méprisables dont s’occupent médecins et physiologistes avec des succès affirmés (Scarpa et ses découvertes anatomiques, Jenner qui procède à la première vaccination, Daviel qui effectuera l’opération de la cataracte par extraction du cristallin, Laënnec et sa méthode de l’auscultation, Lavoisier et sa théorie sur la respiration ..). La médecine est admirée, elle réunit la fascination de la science, de l’art, du roman-feuilleton. On éprouve du plaisir à se soigner et l’intérêt de la médecine va croissant. Qui, jusqu’à nos jours, ignore encore la signification des mots « microbe », » tumeur », « vitamines » ?

Du XIXème siècle à nos jours, la figure du médecin devient une image fascinante dans l’imaginaire collectif, de par sa « maîtrise » des secrets de la vie, son pouvoir sur les vicissitudes du corps, mais aussi en raison de l’ambiguïté du statut de la médecine en tant que science, mais science tangible, reliée étroitement à l’homme. Par ailleurs, on notera que le médecin du XIXème siècle n’est pas seulement homme de science, mais aussi  homme de pensées, un humaniste, à l’instar de Claude-Bernard (« leçons sur les phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux », 1878), ou de Cabanis (« rapport du moral et du physique de l’homme », 1802).  Il existe un respect de la personne omnisciente, dont on peut affirmer, sans caricaturer, sa mise à mal de nos jours. L’accessibilité de l’information médicale sur le net et sa vulgarisation dans la presse écrite y sont certainement pour beaucoup, concommittemment avec la dégradation générale des valeurs du savoir, dont l’étude des causes pourrait constituer un bon sujet d’exploration…L’homme d’aujourd’hui veut , et même prétend savoir autant que le professionnel, parce que la facilité d’accès à l’information et la délivrance parcellaire d’icelle lui donnent l’impression que la médecine est chose peu complexe, d’autant que le praticien d’aujourd’hui est aidé par une technicité grandissante. Les revendications vis à vis du médecin, d’être traité et guéri, d’être informé (lois Kouchner sur l’accès au dossier médical), vont croissant, avec leurs dérives, où l’erreur médicale inhérente à l’état humain du médecin est très vite requalifiée en « faute médicale », nourrissant l’appétit des médias, pour jeter l’opprobre sur une profession jugée trop puissante et trop nantie.

En comparaison avec les époques passées, pourtant, on s’aperçoit aisément que les pathologies codifiées étaient moins complexes du fait d’une moindre technicité de diagnostic, une lésion qu’on croyait bénigne était tout simplement « devenue » maligne. Actuellement on sait d’emblée que la tumeur maligne qualifiée de bénigne aura été tout bonnement « ratée », la complexité des techniques médicales revendiquées pour connaître avec certitude l’affection ne laisse pas de place au doute, le médecin ne pourra plus dissimuler ou inventer une explication. Ce problème de la responsabilité médicale de plus en plus pesante intervient durement sur la confiance entre médecin et patient.

Le patient contemporain, humblement, devrait considérer son privilège d’être soigné et pris en charge dans nos temps modernes, par rapport à des situations d’époques antérieures, où les investigations et les traitements étaient inopérants pour des affections aussi graves que le cancer, par exemple, il y a seulement 20 ans en arrière. A quoi bon , réellement, regretter un temps où le médecin était plus disponible, certes, mais bien moins efficace ? Que veut-on, que revendique la société moderne ? Un médecin qui vous tienne la main et vous écoute des heures durant, comme nos grand-parents le connurent, possédant une grande disponibilité de temps, ou bien un praticien efficace, moins disponible du fait de la pénurie médicale actuelle, mais, comme nos jeunes confrères actuels, allant droit au but, travaillant effectivement plus, davantage au fait des nouvelles techniques, renseigné sur les thérapeutiques les plus récentes, formé dans des congrès, ayant une vision moderne de la prise en charge de la pathologie ?

Ou préférez-vous vraiment, patients, voir administrer  un enfumage iodé pour le traitement de l’otite à votre enfant, ou bien absorber de l’arséniate de soude, du souffre colloïdal, du iodure de lithine et du mésothorium pour votre rhumatisme, le tout agrémenté de baume de Fioravanti en enveloppement local et de clystères matin et soir?(Larousse Médical, 1924)

Le mannequin, la nudité et la maladie

On ne devrait pas souffler à l’encontre du vent de l’opinion générale…. Soufflons quand-même, les filles ! D’autant que les temps sont durs, entre les obscures Dark Wadorettes affublées de voiles noirs au nom de la religion nous expliquant que c’est là la vraie liberté des femmes, et dix jolies starlettes qui se dépoitraillent pour, soi-disant, sensibiliser à la campagne de dépistage du cancer du sein, nous sommes cernées par une exhibitionitude ambiante galopante aigüe, dans un sens comme dans l’autre, contre laquelle il ne semble exister de remède. Revenons sur les faits : en septembre 2009, dix stars françaises, actrices et top(-less)-modèles posent seins nus dans Marie Claire pour apporter leur contribution à la lutte contre le cancer du sein. La mise en scène est sobre, en noir et blanc, le regard volontairement inexpressif (ça n’a pas dû être trop difficile), tourné vers l’interlocutrice, c’est à dire….NOUS ! Le résultat n’est pas inesthétique, ce sont des tops après tout, qu’en est-il des impacts de ces photos? L’un d’eux est bien certainement une belle retombée pour le magazine Marie Claire qui doit se frotter les mains, d’autant que l’incitation au voyeurisme , dont se défend évidemment la mise en scène très simple des modèles, élargit les ventes à un lectorat masculin supplémentaire. Excitation sexuelle et maladie, voilà une association innovante et originale, dont la revue tire un bon profit, et tout en se donnant bonne conscience, c’est pour la bonne cause, et que ne ferait-on pas pour la bonne cause…..

L’autre impact est la stimulation du réflexe de peur de la lectrice, de par la juxtaposition du texte : « elle a montré ses seins, elle a sauvé sa vie », à peine menaçant ça : si vous ne montrez pas vos seins, vous êtes une criminelle mettant une vie en danger. Les femmes non atteintes n’ont pas attendu Marie Claire pour se faire dépister et montrer leur poitrine, non pas en l’exhibant en des milliers d’exemplaires servant à se refaire une notoriété personnelle, mais dans un contexte purement médical. La nécessité de se faire dépister n’est pas un scoop pour les femmes. Celles qui sont atteintes dans leur chair après cette maladie vont donc constater, une fois de plus, à quel point leur anatomie mutilée ressemble bien peu à ces corps indemnes, déployées sur papier glacé comme une provocation supplémentaire, et prendre un peu plus conscience combien elles sont éloignées de cet idéal. Car il ne s’agit pas de dévoiler simplement sa tenue d’Eve lors d’un examen, il s’agit de montrer un organe potentiellement malade, par lequel la mort peut survenir. La campagne de photographies dans la revue Marie Claire passe complètement au-dessus de cet aspect, ces femmes posent pour un photographe qui les met malgré tout en valeur en dévoilant un corps intact ; le passage devant un mammographe est complètement dénué de coquetterie, l’appareil « photographique » ici n’est pas un ami, c’est un instrument douloureux qui potentiellement va faire basculer notre vie, parce qu’il voit la maladie, en-dedans du corps. Il ne glisse pas esthétiquement sur des formes harmonieuses, non, il va fouiller au plus profond de la chair et démasquer ce qui nous terrorise, toutes, et qui fera que nous ne nous déshabillerons plus jamais avec cette belle désinvolture.

On ne donne pas à boire à un chameau qui n’a plus soif, notre époque nous jette en pâture constamment jusqu’au gavage des images du corps devenu « objet » ; la nudité a beau ne plus être honteuse, la débauche d’idéaux féminins dans les magazines ne facilite pas pour la femme lambda, et encore moins pour la cancéreuse de s’exposer au regard , ne serait-ce que celui de la manipulatrice radio, du médecin radiologue ou du chirurgien. Le médecin, l’appareil de radiologie ont une fonction intrusive dans l’intimité et la dignité, et extériorisent l’intérieur de la personne. Le cliché médical est un informateur sur sa physiologie, c’est une deuxième mise à nu, qui n’a rien à voir avec juste le fait de se déshabiller. Il n’est pas question simplement de convaincre les femmes à se déshabiller, il est question de le leur faire faire à bon escient, au bon moment, et dans le cadre d’un suivi par des médecins, de façon adaptée : dépistage systématisé pour les unes, personnalisé pour les autres.

Parce que le gros du problème est que les actrices et les mannequins pensent ! Mais si ! On ne demande pas du tout à des professionnels de la santé de se prononcer sur le dépistage, d’en expliquer les tenants et les aboutissants, pas du tout, ce sont les top-modèles, Estelle Lefébure en tête, avec l’appui de Tina Kieffer, rédactrice en chef de Marie Claire, qui plaident pour un dépistage systématique gratuit à partir de 40 ans, en demandant même à Mme Carla Bruni-Sarkozy d’intervenir en sa faveur ! Le sujet de cet article ici n’est pas de discuter du bien fondé d’une telle demande, contestée par les professionnels épidémiologistes et cancérologues sur son efficacité, contestée aussi pour des raisons de sur-diagnostics et de multiplication d’investigations coûteuses et délétères à la suite de « faux positifs » inhérents à l’imagerie particulière dans cette tranche d’âge entre 40 et 50 ans, qui justifie le dépistage systématique seulement après 50ans. Tout cela est un débat à part, mais qui n’a pas eu lieu puisqu’on ne demande pas l’avis des médecins! Ce qui paraît inacceptable est que le médecin est singulièrement absent dans ces discussions autour des sujets aussi importants que le dépistage et la prévention du cancer du sein, aussi bien dans la revue que lors des émissions télévisées ou radiophoniques sur le sujet.

Pour le bien des femmes, belles actrices et coureuses de podium, abstenez-vous donc de réfléchir, faites ce pour quoi vous êtes payées et qui semble déjà si difficile pour vous, à savoir mettre un pied devant l’autre sur une trajectoire linéaire en faisant des demi-tours sans se casser un talon ou se faire une entorse aux neurones, et laissez la réflexion à ceux qui possèdent ce qu’il faut pour cela : un cerveau, une connaissance médicale, des arguments scientifiques. Ou faut-il que les médecins s’imposent, nus comme des vers, sur les plateaux télévisés pour se faire entendre ?

Et puis pourquoi la nudité féminine est-elle utilisée, une fois de plus, à des fins pseudo-philanthropiques ? Pourquoi la nudité masculine rencontre-t elle encore dans le grand public un accueil si frileux ? Le problème de l’homme serait-il son pénis ? A-t il peur de se voir ridiculisé ou vulnérable par l’exposition de cet organe…télescopique, flanqué là comme une fioriture décorative ? La libération du corps masculin s’est faite depuis 1980 à nos jours en grande partie à travers la photographie, mais c’est son UTILISATION à l’instar de celui de la femme qui traduira alors vraiment l’égalité entre les deux sexes . Je croirai vraiment en la dimension philanthropique et d’intérêt général de ce genre de déshabillage public lorsqu’un jour des stars masculines du show biz voudront bien, pour sensibiliser à la détection du cancer du testicule ou de la prostate, baisser le pantalon ou relever le kilt avec la phrase en surimpression : « il a montré ses bourses, il a sauvé sa vie ».

Non mais en fait, je ne suis pas juste, la performance de nos dix naïades aura eu son utilité, et je suis sûre que les routiers sympas, on the road, se sentent bien entourés dans leurs heures  solitaires, avec ces belles sur papier glacé placardées aux parois de leur cabine….

Pour conclure, si vraiment la santé publique doit être confiée à des rédactrices de revue, des actrices et des ex-mannequins, nous pourrons toujours, nous, les médecins, nous recycler en défilant sur les podiums, en tenue que vous voulez d’ailleurs…..

Charge émotionnelle de la maladie, répercussions dans la société.

Le service d’hématologie-oncologie pédiatrique comportait une chambre dans laquelle n’entrait qu’un seul des externes. Le chef du service la lui avait attribuée, avec la ferme recommandation d’y rester le plus possible, de vouer le maximum de son temps d’étudiant au petit occupant, et le dispensant des corvées habituellement dévolues aux externes. L’enfant malade qui y séjournait était passionné d’Egypte, son père lui avait promis un voyage après sa guérison. Et on voyait tous les matins le dévoué jeune étudiant y rentrer les bras chargés de livres, d’images, de jeux sur l’Antiquité, prenant sa tâche très à cœur, potassant consciencieusement son sujet chez lui afin de surprendre le lendemain le garçonnet avec d’envoûtantes histoires mythologiques, des rêves de pharaons, des fresques peuplées de créatures fantastiques mi hommes, mi faucons. Une fois il avait même fait ruisseler d’un panier des fleurs de lotus sur le lit de l’enfant dans de grands éclats de rire.

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Mais pourquoi la charge émotionnelle pour certaines maladies est-elle aussi prononcée? Pourquoi l’est-elle selon le type du malade (enfant, femme), pourquoi l’est-elle plus ou moins selon le type de la maladie? A quoi nous renvoie l’image d’un enfant malade ?

La maladie plonge dans le désarroi, elle est vécue comme injuste surtout si elle frappe un être innocent, comme est considéré l’enfant. L’adulte qui l’entoure se sent coupable, et souvent la culpabilité ressentie par les parents est renforcée par celle de la société qui a déjà du mal à intégrer des personnes malades, encore plus des enfants malades.

Ainsi la compassion sera plus vive vis à vis d’une mère de famille atteinte d’un cancer au sein par exemple, que vis à vis du grand-père de 75ans auquel on diagnostique un cancer avancé de sa prostate. Mais cet homme veut vivre aussi, a des projets, tient à son intégrité physique, redoute les traitements, autant que quiconque. Alors pourquoi ces différences de traitement dans notre société ?

Tout d’abord la maladie est un trouble-fête, elle  entraîne un trouble du fonctionnement social d’autant plus que la personne malade occupe dans la société un rang « utile ». Un chef d’entreprise malade sera considéré comme un fait catastrophique, un retraité malade, surtout s’il est âgé, entraînera moins de stupéfaction. De plus s’ajoute inconsciemment une notion de « mérite », la personne jeune ne l’a pas mérité, elle n’a pas encore tout vécu, n’a pas encore « fait sa vie » ; la personne âgée, ne contribuant plus à l’effort de la communauté, ne revêt plus autant de mérite aux yeux de notre société très axée sur le rendement et la productivité de chacun. La personne active assure son statut social par son rôle de soutien familial, de travailleur. La société l’exempte de ses responsabilités lorsqu’il est malade, et cet effort de compréhension est accordé par la communauté en fonction de son importance sociale. Le malade n’est plus un acteur collectif, la maladie l’isole, l’individualise et le pousse à retrouver des semblables qui peuvent partager avec lui son vécu, ses expériences, ses douleurs, mais en contrepartie, la société exigera de lui l’effort de guérir. La maladie devient une ressource identitaire pour le sujet atteint, surtout si l’idée de la mort est liée à la pathologie, cancéreuse par exemple, qui l’éloigne du reste de la société. Néanmoins la société juge la personne malade : la lutte contre le mal est valorisée, alors qu’au contraire un comportement d’abandon face à une maladie grave est souvent déconsidéré.

La femme a un statut à part, sa maladie est vécue dramatiquement, elle est le support familial qui risque de défaillir, elle est synonyme de donneuse de vie, avec la maladie, c’est la mort qui est entrevue ; ce sentiment collectif « d’injustice »  , de dire « elle n’a pas mérité ça » est encore plus important selon l’organe touché et notamment en matière de cancer du sein par exemple, où il apparaît que la charge émotionnelle que cette maladie comporte est parfois disproportionnée par rapport aux nombreuses avancées thérapeutiques,  et comparativement à d’autres formes de cancer bien moins favorables en termes de pronostic, mais ne rencontrant pas le même émoi. Le sein est associé à la générosité, la mère nourricière, il favorise la vie, il est un havre, un refuge, un giron rassurant, un instrument de séduction. Ce n’est pas concevable qu’il abrite soudain une chose rongeante, menaçante, rapprochant de l’idée de la mort, d’autant plus que cet organe est plus ou moins exposé, et visible.

Il faut dire que les campagnes de dépistages contribuent beaucoup à cette inégalité de traitement, en présentant le cancer comme un fléau social et en confirmant la représentation mortifère très ancrée dans l’imagination collective ; malgré les efforts des scientifiques et du corps médical la société n’intègre pas les progrès thérapeutiques qui devraient faire entrevoir cette maladie

sous un autre jour. Malgré les grandes avancées des traitements, la maladie cancéreuse reste dans une représentation collective morbide très prononcée du fait de son caractère aléatoire. Justement le dépistage englobe tout individu pouvant être potentiellement frappé, et n’est pas capable d’attribuer un risque carcinogénétique propre à chacun des individus : tout un chacun peut être atteint.

Le degré de visibilité de la maladie  renforce ou empêche l’intégration du malade dans la communauté. Un cancer du poumon sera moins effrayant dans l’esprit de nombreuses personnes qu’un cancer de la peau ou du sein, correspondant à des organes visibles, qui nous renvoient directement la vision de la maladie, et la compassion suit le même cheminement. Ceci est parfois aggravé par la notion encore présente de « culpabilité », le malade atteint de cancer du poumon est blâmé, il «  l’a cherché » en fumant toute sa vie ; la société désapprouve certains comportements jugés déviants, et le malade atteint de MST aura bien du mal à faire pleurer dans les chaumières.

La société va ressentir, réagir , accompagner et donc intégrer le malade de façon très différente en fonction de la charge émotionnelle portée par de multiples facteurs, concernant la nature de la maladie mais aussi la nature du malade.

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Et l’histoire de l’enfant et de l’étudiant ?

Un beau jour les éclats de rire dans la chambre ont cessé parce qu’un grand sphinx invisible est venu enlever sa petite proie vers d’infinis déserts sans retour, malgré la sollicitude du patron, malgré le chagrin des parents, malgré la compassion des voisins, malgré tous les efforts de l’externe pour retenir son petit malade dans son monde peuplé de princesses splendides, de temples grandioses et de scarabées d’or.

Le temps est passé, l’étudiant est devenu médecin.

La langue d’Esope, mensonges, quiproquos et incompréhensions en médecine.

L’anecdote est vraie, j’en ai même fait une caricature. Un beau jour, une de mes manipulatrices sort en pouffant de rire de la salle d’examen. A la question, systématique, « avez –vous des antécédents de cancer ? », qu’elle avait posée, la dame un peu sourde, venue pour divers examens répond le plus sérieusement du monde : »Non non, je suis ascendant scorpion, avec la lune dans le premier décan ! » La radiologie, parfois, c’est surréaliste. Esope prétendait que la langue est ce qu’il y a de meilleur et ce qu’il y a de pire. Cela dépend de ce qu’on en fait. Pas d’Esope, mais de la langue. Elle sert à nous comprendre mutuellement, à nous méprendre, à annoncer des vérités, à mentir aussi.

Comment savoir si le malade ne ment pas, en prétendant vouloir connaître la vérité ? La plupart du temps, le médecin, sans mentir réellement, travestit la réalité, souvent dans le but de protéger son malade du traumatisme d’un diagnostic trop grave. Ou bien parce qu’il juge son malade peu apte à comprendre des explications trop compliquées. Mais ne serait-ce pas pour se protéger lui-même de questions embarrassantes, et pour ne pas être acculé par le malade à l’avouer, cette terrible vérité, que lui-même, par peur et par maladresse, ne sait communiquer ?

Le « mensonge » revêt plusieurs formes, il s’agit pour la plupart d’un mensonge par simple omission, ou bien de l’utilisation de circonvolutions et euphémismes pour éviter une vérité trop crue, et trop cruelle. L’utilisation du placebo constitue aussi un mensonge thérapeutique…

Le mensonge par omission, le plus fréquent en consultation, concerne autant le médecin que le malade, qui a également parfois intérêt à mentir. Actuellement, avec l’avènement de la vulgarisation médicale dans les médias, et aussi celui de l’internet, il devient assez compliqué de berner grossièrement le patient, qui revendique d’ailleurs ouvertement le droit au savoir. Le malade moderne est aussi loin du malade imaginaire de Molière que le médecin moderne du Dr Knock. La pédanterie et le paternalisme du médecin ont bien cédé du terrain parallèlement à la prise d’autonomie du malade. Il est de moins en moins vrai de prétendre que le médecin mentira sciemment dans le but d’apeurer son patient et d’obtenir sa compliance aux traitements qu’il veut lui imposer. De nos jours, le malade est bien trop malin pour cela… Justement, et le malade dans tout cela ? Lorsqu’il assure vouloir connaître le verdict médical, dit-il la vérité ? Et lorsqu’il ne réclame rien, cela veut-il dire forcément qu’il ne veut pas savoir ? Le malade aussi ment, dans le but de provoquer certaines réponses chez le médecin, ou bien pour lui cacher un traitement mal conduit ou une auto-médication, ou bien la consultation chez un autre confrère, quand ce n’est pas pour dissimuler des consultations auprès de thérapeutes  plus ou moins doux, à la mode, et qui ne sortent pas vraiment de la faculté de médecine… On voit à quel point la relation médecin-malade peut être complexe entre les dits et les non-dits, les interprétations du comportement du malade par le médecin et les interprétations du discours médical par le malade. On ne peut passer sous silence non plus les facteurs émotionnels et affectifs qui conduisent à un dialogue qui ne sera pas le même d’un  patient à l’autre, qui différera selon le contexte, et selon la complicité entre médecin et patient.  Et d’ailleurs, cette connivence, cette complicité, ne sera pas établie de la même façon selon la gravité même de la pathologie. La perspective de la mort peut amener le patient à inciter le praticien au mensonge ; l’échec thérapeutique lui, peut amener le médecin à masquer son sentiment d’impuissance et ses incertitudes par un travestissement ou une dissimulation de la vérité. Lui aussi n’est qu’un humain après tout, mû par des facteurs autant rationnels qu’affectifs. Le malade se ment parfois à lui-même d’ailleurs, et ce en dépit d’un discours médical structuré. Lors d’une annonce de pathologie très grave, après une longue explication qu’on a voulue complète, détaillée, « loyale, claire et appropriée », selon l’article 35 du code de la santé publique, combien de fois n’a-t on pas entendu le malade s’exclamer : »ah, bon, mais ce n’est pas un cancer, quand-même ! », alors que c’est justement cela qu’on voulait faire comprendre, et cela qu’au fond de lui le malade a fort bien compris…

Ce jeu de vérité-mensonge peut très bien évoluer dans le temps, au fil des consultations, selon l’évolution même de la maladie ou de la guérison.

Le problème devient encore plus délicat lors de la consultation d’un patient étranger, qui ne comprend pas toutes les subtilités linguistiques et dont la culture  et/ou la religion lui font entrevoir la maladie et la mort de façon très différente. On  ne dispose pas toujours d’un interprète sous la main….Là aussi, il faudra beaucoup de patience au praticien pour aborder cette personne peut-être plus fragile encore avec toute l’humanité et le doigté qui conviennent.

La communication ne peut être saine, claire et adaptée que si la consultation laisse le temps aux deux protagonistes, malade et médecin, de se jauger, au bon sens du terme. Le médecin doit notamment éviter de tomber dans des préjugés sur la capacité de compréhension du malade en fonction de son origine sociale, et dédaigner une explication vraie sous prétexte que le patient ne la comprendra pas.

Enfin, restons simple, nous médecins, adaptons notre discours, évitons de demander à une enfant de cinq ans si les boutons sur sa peau sont « prurigineux », et lorsqu’un hispanophone se plaint de sa « techitoure », n’allons pas examiner ses cordes vocales en pensant à un problème de « tessiture », le souci se situant….beaucoup plus bas et nécessitant non pas une laryngoscopie mais une échographie scrotale (inspiré de faits réels).

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lève-toi et ris!

Nous assistons de nos jours à la réhabilitation du rire en tant que remède ou adjuvant thérapeutique pour des maladies chroniques et graves, au même titre que nous considérons enfin la douleur en médecine non plus comme épiphénomène, mais plutôt comme entité à traiter au sein de la prise en charge du malade. Il y a une logique à cette évolution lorsqu’on connaît la vertu thérapeutique du rire, par des mécanismes que nous allons analyser.

Mais de qui se moque-t on ?

Le malade, le médecin et la mort elle-même sont des sujets de l’humour médical.
Pour comprendre pourquoi l’humour médical existe, il faut d’abord comprendre ce qui provoque le rire, dans ce cadre bien particulier qui touche à la santé, au corps, et au fantasme de la mort.

Le rire apparaît lorsqu’une faille intervient dans un état de choses établi. La transformation d’une chose sacrée en un objet profane, périssable, humain, par l’intervention d’un défaut, nous semble ainsi ridicule. Par exemple, la vue d’un monsieur très sérieux , bien vêtu, solennel, représentant l’ordre, en train de glisser sur une peau de banane nous apparaît spectacle parfaitement hilarant. Le caricaturiste ou plus généralement l’humoriste réalise un « portrait-charge » qui a pour but de faire descendre son modèle du haut d’un piédestal qui lui conférait une éternité intouchable. On ne rit donc pas des mêmes choses touchant au corps et à l’humain selon les époques, cela dépend de la vision du monde, de ce que l’on considère comme ordre divin.

Ainsi dans l’Antiquité la difformité fait rire; puisque la beauté du corps est sacrée, divine, sa désacralisation est comique.

L’homme du Moyen-Âge était confronté à une rudesse de vie qui lui faisait redouter la mort. La Mort devient divinité, ainsi tout ce qui y touche est sacré, et la médecine qui s’y oppose semble ridiculement présomptueuse, elle constitue cette faille qui fait rire de par sa prétention, son outrecuidance à vouloir vaincre l’inéluctable, et aussi de par son attachement au corps, cette enveloppe charnelle qui n’est que vanité. (pour exemple les nombreuses illustrations de ‘danses macabres’ du Moyen-Âge : gravures sur bois conservées au cloître des Saints Innocents, fresque dans l’église de Saint-Germain de la Ferté- Loupière dans l’Yonne).

Le christianisme a changé petit à petit la vision sur le malade, et sur l’infirme. Il est malvenu de se moquer d’autrui, la commisération et la charité sont des valeurs morales placées au-dessus de tout. La douleur d’autrui cesse progressivement d’être comique, hormis peut-être la douleur dentaire, inspirant délicieusement les artistes à travers les époques, peut-être en raison de la disproportion entre la petitesse de l’organe et l’immensité de la douleur qu’il occasionne.

La mort cesse d’être chose divine, ou chose sacrée avec l’évolution de la science. Le savoir transforme la vision du monde, mais si la nouvelle divinité est la Science, le scientifique , lui, est bel et bien accessible aux sarcasmes. C’est lui qui est faillible à présent, on glisse ainsi à travers les époques du corps sacré à la médecine sacrée et c’est le médecin, profane de par ses propres maladies, ses propres erreurs , qui sera désormais et jusqu’à nos jours à l’honneur dans la raillerie, opposé à la divine Science par ce qu’il est précisément un humain.  Bientôt on remarque une régression de la caricature des patients au profit de celle des médecins, de la Renaissance jusqu’au temps de Molière(1622) où là, bien sûr, on s’en donne à coeur joie, puis plus tard jusqu’à nos jours : citons en vrac l’ incontournable Feydeau (1862)(tailleur pour dame), Jules Romain (Dr Knock, 1923), Serre (caricatures des hommes en blanc), Pierre Desproges et son humour cynique sur sa propre maladie . Le médecin, son attirail, son jargon, sa vêture, ses outils, tout est prétexte à des écrits sarcastiques, dessins, caricatures etc…

Le rire-médecin…..chez les autres

Le rire dit-on, serait le propre de l’homme ; de l’homme oui, mais à priori en bonne santé. L’homme malade spontanément ne rit pas, et il s’agit de le faire rire. Les Chinois, dans leur médecine traditionnelle, laissent une large part à l’humour (les pitres du tao chinois). Le poumon est affecté par la tristesse car les malades du poumon ne rient pas, on préconise donc le rire pour augmenter doit améliorer leur capacité respiratoire par le rire. D’ailleurs, les Huit Immortels de la tradition taoïste chinoise sont en perpétuelle hilarité .

Autrefois, chez les Amérindiens (Sioux et Apaches), officiaient des clowns-guérisseurs dont le devoir était de faire fuir les esprits malfaisants.

Chez les Dogons, peuple du centre du Mali et du nord du Burkina Faso, on a enregistré des séances de rire, socialement organisées.

Pour Aristote qui a mis en avant le concept de catharsis, il s’agit d’une épuration par l’émotion, des angoisses, fantasmes et passions de l’être humain.

Dans la Grèce Antique à Epidaure où se trouve le célèbre théâtre, un centre de cures thermales organisait des représentations théâtrales, des farces et des pantomimes dans le but de soigner les malades.

Qui veut-on soigner ?

Le malade , bien entendu, mais aussi le médecin, car il est régulièrement confronté à la maladie et à la mort, il côtoie et enregistre tout au long de ses études, puis de son exercice médical son lot de destins frappés par la maladie, et les malheurs en tout genre. Le rire contient la rébellion, la contestation face à un corps qui fait faillite, face à ses propres limites et face à sa finitude. L’aptitude à transformer ses angoisses, ses déceptions , ses phobies passe par une faculté du médecin à s’en distancer, à les analyser dans un état de ‘dépression désabusée’, pour mieux les contrer.

Le rire a l’avantage d’être contagieux. Le médecin qui saura dérider son patient joue avec une émotion communicative, ce qui souligne au médecin et à son patient leur appartenance à une même communauté, et qui les déplace tous deux dans une dimension plus ou moins irréelle et les transporte au-dessus de la gravité des mots et des faits.

1.Pour le malade, le rire opère une déconnexion par rapport à la réalité, un détachement et une correction émotionnelle et diminue ainsi la sensation douloureuse physique et psychique . D’après Bernard Champion (professeur d’anthropologie à l’université de la Réunion) : « on peut l’analyser (le rire) comme une suspension de communication entre le cerveau du réel et le cerveau de l’émotionnel ».

Le neurologue Henri Rubinstein a travaillé pendant plusieurs années sur l’utilisation du rire de façon thérapeutique. Dans son ouvrage sur la psychosomatique du rire, paru en 1983, il énonce :« II faut faire confiance à la sagesse des nations qui proclament la nécessité et les plaisirs du rire, comme il faut faire confiance à la sagesse du corps qui a les mécanismes du rire inscrits en lui. La nature est toujours économe et l’on ne connaît pour ainsi dire aucun organe ni fonction inutiles dans l’espèce humaine. L’existence même du rire prouve donc qu’il est nécessaire. On peut penser qu’il existe, enfoui dans la conscience humaine, un savoir instinctif de ce qui est bon pour l’individu et pour le groupe » . . D’après lui « la plaisanterie escamote un sens attendu, le rire est une compensation de cette privation du sérieux . »

La toute première expérience qu’on peut qualifier de médicale fut celle de Norman Cousins, un journaliste américain qui a été le premier, en 1964, à expérimenter sur lui-même une thérapie par le rire. Il s’est ‘guéri’ au bout de six mois d’une spondylarthrite ankylosante, maladie rhumatismale particulièrement douloureuse. Sa méthode consistait à pouffer de rire le plus souvent possible devant des films comiques en avalant de la vitamine C. Il affirmait qu’un visionnage de 30 minutes lui permettait un répit de deux heures . Il a alors fait connaître son expérience à la communauté médicale et au grand public en publiant un article dans le New England Journal of Medicine en 1976.

Un centre d’humour a vu le jour à l’hôpital général d’Ottawa en 90, malheureusement dissous pour des raisons budgétaires, destiné à des patients en phase terminale de cancer, qui a permis d’améliorer objectivement la qualité de vie de ces patients.

L’instigateur de cette gelothérapie (du grec gelo :‘illuminer’) est le célèbre médecin américain Patch Adams, qui vit en Virginie et promeut la méthode du rire et de l’humour en milieu hospitalier pour aider les patients.

La méthode du rire s’est répandue dans plusieurs centres hospitaliers canadiens, mais  elle laissait les patients dans une sorte de passivité, de telle sorte qu’on a vu se multiplier depuis les années 90 des clubs du rire où le patient a une participation active.

On doit cette innovation au Dr Madan Kataria, pionnier mondial de la méthode en 1995, médecin généraliste à Bombay, ancien interne en cardiologie. On pratique le rire forcé, sans raison apparente, mais aussi des séances de relaxation, des exercices de yoga et surtout des séances de rire libre en favorisant la communication avec les autres participants.

L’école française du rire avec ses ‘rigolothérapeutes’ essaie de reproduire ces effets bénéfiques sur les participants, vous proposent des ‘clubs de rire’ et des formations de rigologie :« uniques au monde permettant l’utilisation thérapeutique du rire, de l’humour, des jeux et du clown pour les professionnels de la santé, du social, de l’éducation et les intervenants en entreprises.. » (site internet)

Il existe de nos jours environ 5000 de ces clubs dans le monde entier.

Le rire rentre dans un cercle vertueux : plus on est sain, plus on rit, plus on rit, plus on est sain.

L’autodérision cynique est un mécanisme particulier de résistance joyeuse à la maladie, dans la mesure où tout le monde ne peut la pratiquer, et dans la mesure où le malade ne la pratiquera pas en toute circonstance. Au moment même de l’annonce d’un verdict particulièrement lourd, la dérision n’est guère possible ; elle s’instaure par contre progressivement d’autant plus facilement que le malade peut se considérer comme un rescapé d’une tragédie, et peut se permettre de faire un pied de nez au fantasme de la mort pour pouvoir reconstruire une vie par-dessus l’événement traumatisant, continuer à exister, reprendre la maîtrise de sa vie. L’humour alors aura valeur d’une reconstruction narcissique, permettant une restauration de l’individu malade, notamment par le fait de faire rire les autres, après sa mise en danger par la maladie.

Le plus célèbre de ces parangons de l’humour noir est bien sûr Pierre Desproges, auteur de la phrase : « plus cancéreux que moi tu meurs » ; citons aussi Stéphane Guillon dans un sketch qui campe un cancérologue proposant la ‘carte-fidélité-cancer’ à un patient imaginaire auquel il assure qu’un bon moral est 62,5% de la guérison…L’humour ici est, à la fois, un exutoire, une manœuvre de distanciation, un bouclier de défense naturel  avec un effet peut-être pas guérisseur mais au moins protecteur, comme l’affirme l’éminent  psychiatre Boris Cyrulnik, le père du concept de la résilience (également neurologue, éthologue et psychanalyste), dans « autobiographie d’un épouvantail  » ; mais cette notion d’humour protecteur est retrouvée aussi dans ‘école et résilience’ du même auteur.

« L’humour n’est pas à proprement parler un outil thérapeutique mais il fait du bien, il détend, soulage. » explique Moussa Nabati, psychanalyste, rédacteur de ‘l’humour-thérapie‘.

D’après cet auteur, l’humour permet de trouver une solution positive à un événement négatif, permet de digérer l’événement pour faire évoluer ‘l’inacceptable vers l’acceptable’.

En gros, rire de ce qui nous arrive , c’est ne pas le subir.

2. Pour le médecin

Examinons à présent l’effet du rire et surtout la nécessité du rire thérapeutique spécifiquement sur le médecin. Mais pourquoi et de quoi le médecin souffre-t il ? Dans son univers du soin le médecin est au cœur d’une lutte sans merci et sans fin contre la maladie et son corollaire, la mort. Il peut en résulter un jour ou l’autre un essoufflement, favorisé certainement par la surcharge de travail croissante imposée au médecin, et plus particulièrement peut-être au généraliste. Cette fatigue entraîne un sentiment d’impuissance, surtout si le cas clinique est particulièrement difficile ou impossible à résoudre. La frustration alors générée est accompagnée de culpabilité, de regret, de doute de n’avoir peut-être pas tout fait pour le patient. Outre le sentiment d’être dépassé, le soignant est lui-même un être blessé, confronté à sa propre fragilité, ses propres maladies, ses propres limites, sa propre finitude. Dans la mythologie grecque, Chiron, le centaure-médecin, atteint par la flèche de Héraclès empoisonnée du sang de l’Hydre de Lerne, resta lui-même un être blessé et souffrant tout au long de sa vie, libéré enfin de sa souffrance par Zeus qui le transforma en constellation. Il était un  guérisseur célèbre et enseigna à Asclépios, dieu de la médecine. Il symbolise ce soignant au service des hommes, d’abord immortel et ensuite blessé, souffrant, inguérissable et redevenu mortel.

En riant, le médecin assume sa propre vulnérabilité, assume son imperfection, descend de son piédestal d’homme soignant et infaillible. Cette imperfection assumée fait évoluer la relation avec le malade vers une solidarité humaine, et pourrait bien apporter plus de sérénité et de bonheur dans la consultation moderne, plutôt que le fait de s’enfermer dans le rôle du praticien omniscient, omnipuissant, inatteignable, au-dessus du malade, ce qui est une vision souvent inconsciente et traditionnelle chez le soigné.

Le médecin peut utiliser l’humour, s’il a la chance d’en être pourvu, tout simplement pour détendre l’atmosphère. L’humour permet de dédramatiser et d’atténuer la charge mélancolique et aussi anxiogène de la maladie, ressentie par le médecin, mais aussi et surtout par le malade.

Finalement le médecin est humain, tout comme le malade, et l’humour, bien dosé, évidemment, et employé à propos, rassemble dans une communauté humaine les deux protagonistes.

L’empathie étant la capacité de partager les sentiments et les souffrances d’une autre personne, il est évident que le médecin , tout comme n’importe quel autre humain, ne possède pas une « réserve émotionnelle » suffisante à éponger toutes les peines de sa patientèle, il le fait dans certaines limites, l’humour constitue une « soupape de sécurité », peut-être un subtil trait d’union entre la souffrance du malade et la position prééminente du médecin. Dans ce clin d’œil, cette ironie exprimée, malade et médecin sont sur un même plan, et partagent fugacement le même sort, ils sont frères momentanément dans leur vulnérabilité physique et psychique. Ses phobies, ses déceptions, ses échecs, le médecin les transforme de la même façon que le malade en dérision, pour mieux les surmonter.

Intuitivement en tant qu’humain, le médecin, sans formation particulière sur le sujet, sera plus ou moins enclin à faire rire lors de sa consultation si la situation s’y prête ; ou du moins enclin à faire sourire son patient, pour toutes les mêmes raisons qui concernent son malade : se sentir mieux lui-même, refouler la dure réalité de son office dans une bulle irréelle déconnectante, établir une communication désangoissée avec son malade. La sensation de détente et d’évacuation du stress fera son effet sur lui-même pour lui permettre d’aborder plus sereinement la pathologie de son malade. La connivence instaurée dégagera chez le médecin un sentiment de confiance en lui-même et suscitera le sentiment de confiance de son malade.

Par ailleurs, l’exutoire à l’agressivité, que le rire représente, atténue l’agressivité que constitue le caractère intrusif de la consultation elle-même, puis du geste médical.

Si le médecin est apte à capter la dimension humoristique de son patient, cela aura un effet rassurant pour lui-même. Lorsque le médecin lui-même se sent dépassé par la dureté de la consultation à venir, l’humour devient alors, dans son  irrationalité et sa contagiosité, la seule façon de communiquer avec le malade, et même plus, de partager avec lui, d’avoir avec lui un échange intense.

Pour résumer, dans la relation médecin-patient le rire apporte aux deux parties une communication complice voire connivence, une baisse de l’agressivité de la situation avec effet rassurant, une sensation de solidarité humaine, une confiance mutuelle, une déconnection de la réalité désagréable, une protection vis à vis d’elle, une évacuation du stress par libération des tensions sur le plan physique et psychique.

Le meilleur exemple de la valeur thérapeutique de l’humour, ce sont les clowns à l’hôpital, ces comédiens drôles officiant dans les services d’hospitalisation d’enfants. Leur rôle est plus important qu’il n’y paraît, ils interviennent dans la sphère du petit malade pour repousser les chaînes virtuelles de la maladie, pour percer la bulle de souffrance qui entoure l’enfant. Au-delà de la simple distraction, ces docteurs au nez rouge redonnent une place à la vraie vie dans l’enceinte de la maladie, celle où la désinvolture, la joie, le rêve et l’imagination ont leur place, pour faire reculer, même transitoirement, la détresse, la souffrance et la solitude.

Comment ça marche ?

Les stimuli comiques auditifs, visuels, tactiles (chatouillement) vont activer les organes sensoriels (yeux, oreilles, terminaisons nerveuses) et le signal va parvenir aux aires sensorielles du cortex. Il peut y avoir un passage par la mémoire, faisant appel à des souvenirs référents pour appeler le comique. De là il y a connexion au centre cortical du rire situé dans l’hémisphère droit du cerveau (très exactement la partie toute antérieure du cortex frontal, appelée le cortex préfrontal). Deux systèmes intriqués vont être sollicités :       a. le système limbique

b. le système hypothalamique

a. Le système limbique comprend des noyaux situés dans l’amygdale cérébrale (avec l’hippocampe), la circonvolution cingulaire, et l’hypothalamus. Le système limbique va, par l’intermédiaire des aires motrices, activer les réactions physiques et musculaires qui conditionnent le rire à proprement parler( muscles du larynx, de l’abdomen, des membres, du visage) et aussi les centres respiratoires du tronc cérébral pour la commande des muscles intercostaux et du diaphragme.

b.L’hypothalamus de son côté va agir sur l’ensemble de l’organisme, il va activer les centres végétatifs du tronc cérébral, entraînant d’abord une sur-excitation de l’organisme puis une détente, secondaire et plus durable :

La première phase d’excitation correspond à l’activation du système sympathique, de façon concomitante à la libération de catécholamines (adrénaline, dopamine et noradrénaline) par les glandes surrénales situées au-dessus des reins.

Ensuite survient la deuxième phase, celle de détente.

L’hypothalamus va être responsable de la sécrétion par des neurones spécialisés du tronc cérébral, de la moelle et de l’hypothalamus lui-même, de sérotonine et dopamine, neurotransmetteurs qui agissent le premier sur la régulation de l’humeur et la motivation, le second sur la sociabilité. En même temps l’hypothalamus active aussi l’adéno-hypophyse pour la libération d’endorphines, substances à forte action sur la sensation douloureuse et sur le rythme respiratoire. Parallèlement, le système parasympathique, responsable du relâchement de l’organisme, va être activé .

Donc, pour résumer, dans un premier temps le système sympathique est stimulé concomitamment avec l’action des catécholamines surrénaliennes ce qui met l’organisme dans un état de double excitation ; il y a à ce moment-là vasoconstriction, augmentation de la fréquence cardiaque et augmentation de la tension artérielle.

Ensuite il y a la libération des endorphines (hypophyse) et de certains neurotransmetteurs de l’hypothalamus, du tronc cérébral et de la moelle (dopamine/sérotonine) agissant longuement sur l’organisme, et en même temps, le parasympathique est mis à contribution de façon plus durable, tout ceci entraînant secondairement diminution de la fréquence cardiaque, relâchement sphinctérien, bronchodilatation et vasodilatation.

Effets bénéfiques sur l’organisme du rire.

Ils sont multiples.

La libération de catécholamines agit contre l’inflammation articulaire pendant que les endorphines combattent la perception douloureuse (expérience de Norman Cousins).

Les lymphocytes T, acteurs de l’immunité seraient stimulés jusqu’à douze heures après l’accès d’hilarité, avec une augmentation de nos anticorps.

Sur le plan digestif, il existe un effet mécanique de brassage du tube digestif, efficace contre la constipation. On constate également un effet chimique par une hypersécrétion de bile, entraînant elle-même un abaissement du cholestérol et des lipides sanguins.

Le système cardio-vasculaire bénéficie aussi d’une stimulation du rythme cardiaque , suivie d’un relâchement musculaire et d’un abaissement de la tension artérielle.

Sur le plan respiratoire, la broncho-                             dilatation permet une amélioration ventilatoire, ainsi qu’une expulsion d’agents toxiques par les bronches. Cette hyperventilation fait bénéficier au cerveau d’un apport accru d’oxygène, et diminue l’acide lactique des muscles, éliminé de façon accrue par les alvéoles. D’après le Dr Rubinstein, une crise d’asthme pourrait cesser si l’on parvient à faire rire le patient.

Les bienfaits du rire sur l’état de stress, sur l’amélioration du sommeil, sur la tension nerveuse, l’équilibre psychique et physique et constatables pour tout un chacun.

Le relâchement musculaire et vasculaire sont des effets de l’activité parasympathique durable, et améliore de ce fait aussi la fonction sexuelle, en rapprochant les êtres amoureux, mais aussi parce que les phases que l’on rencontre dans le déclenchement du rire ressemblent à celles de la préparation de l’acte sexuel (hyperexcitabilité, puis relaxation durable).

Les effets sur l’humeur sont imputables à la sérotonine et la dopamine, neuromédiateurs capitaux dans la régulation de l’humeur et de la sensation de bien-être.

Sur la douleur, l’effet du rire a des explications multiples :

-il détourne l’attention de la douleur

-il réduit la tension musculaire douloureuse.

-comme nous l’avons vu plus haut, catécholamines et endorphines sont sécrétées  pour une action antalgique.-de plus, sur le plan psychologique, l’attitude du malade vis à vis de sa douleur devient moins négative.

Pour conclure

L’idée d’une thérapie uniquement fondée sur le rire est aussi aberrante que les méthodes pseudo-miraculeuses défendues par divers gourous, basées sur la consommation de graines de soja ou de pépins de raisins pour guérir d’un cancer ou d’une sclérose en plaque…

Méfions-nous de ce genre de promesses, sur lesquelles tombent des patients malheureusement aux abois, dans une souffrance extrême dont certains peu scrupuleux profitent. Y adhérer pourrait bien signifier tomber sous le joug de groupes sectaires, ou alors sous un puissant effet placebo….

Néanmoins, si ce n’est pas une panacée, le rire est au moins un remède sous-estimé et redoutablement efficace, gratuit et sans effets secondaires, sauf sur la sécrétion lacrymale, et inoffensif, à moins de mourir de rire ou de s’en étrangler… Une minute de rire équivaudrait à 45 min de relaxation physique.

Le rire améliore nettement le confort du malade, aussi bien sur le plan physique que psychique, en ce sens il a le pouvoir de prolonger la vie, et de prolonger la qualité de vie, le bien-être social et le bien-être individuel. Et ce bien mieux que les religions, refuge ultime pour certains, qui nous promettent à longueur de pages Joie et Félicité, du moins chez les chrétiens, avec un manque d’humour déconcertant ! L’autodérision en est carrément exclue, et le labeur et la souffrance sont prônés plus souvent que la franche rigolade.

Mais savons-nous, hommes modernes , encore rire ? Ne faut-il pas aussi re-apprendre cela à l’instar des modes qui consistent à re-apprendre à ‘manger bien’, à‘dormir bien’, à‘réussir son enfant’, à‘réussir son couple’ etc etc ;.

On peut se demander si l’homme moderne n’en a pas perdu la capacité ; le rire suppose de l’intelligence, de la distance, un zeste de candeur et d’innocence enfantines. L’homme moderne semble rire de moins en moins, et de moins en moins sainement. L’individualisme dans les sociétés modernes n’entraîne-t il pas l’homme à se replier sur soi, et sur son ego toujours plus valorisé? L’homme moderne n’est-il pas blasé, du fait de ses connaissances grandissantes, sachant tout sur tout, et du fait, incapable de s’étonner ?

Ne trouve-t on pas un regain de rire méchant et suffisant par rapport à l’homme qui sort de la norme, de la part de l’homme ‘normal’, à savoir l’homme jeune et sain ? Les amuseurs publics sur diverses chaînes télévisées n’ont-ils pas un malin plaisir à dénigrer plus facilement un homme  à la faculté d’expression moindre, un naïf , un jeune artiste un peu démuni et inexpérimenté, un homme ou une femme, plus souvent une femme d’ailleurs, politiques, dont la langue a malencontreusement fourché ; ou bien dénigrer la femme tout court, même, sur ce qui fait d’elle une femme? L’humour de nos clowns modernes ne se vulgarise-t il pas ?

Les faits divers violents émanant de ce que nous appelons les banlieues, pour des prétextes sordides ne vous paraissent-ils pas aberrants, alors qu’une réaction saine de jeunes serait de se taper dans la main pour se réconcilier, et de rire de ces futiles différends ? Nous oscillons trop facilement, (mais ceci est une impression toute subjective), entre vulgarité et cynisme.

Alors, s’il est prouvé que le rire entraîne tant de bienfaits sur le malade, et tant de pouvoir à faire reculer la maladie, et si nous ne sommes plus capables de rire naturellement, pourquoi ne pas le stimuler artificiellement ? Pourquoi ne pas l’administrer comme un médicament, en boîte ou en perfusion, sur ordonnance ?

Depuis longtemps le gaz hilarant, découvert par un certain Sir Humphrey Davy en 1799, chimiste et physicien anglais, est connu et sa formule mise à jour par Gay-Lussac, chimiste français, bien nommé…. Malheureusement il comporte quelques effets indésirables à consommation excessive.

Mais à l’heure du débat sur la légalisation de certaines drogues, on peut se référer au film de Denys Arcand ‘les invasions barbares’,  dans lequel le héros, Rémy, soulage sa douleur et égaie son humeur avec la complicité d’une jeune héroïnomane.

Ces modernes invasions barbares sont celles du cancer, du fric, de la maladie, de la douleur, de l’administration impitoyable, de la perte de la foi, du sexe…..Le film montre comment l’homme moderne occidental s’adapte à ce nouveau monde et compose avec ces adversités, l’invasion de la ‘ barbarie de la drogue’ devenant un atout positif contre celle, délétère, du cancer douloureux incurable et de la dépression qui l’accompagne. Alors à quand la légalisation à visée thérapeutique de la drogue et l’utilisation sage de cette invasion moderne pour retrouver nos instincts salvateurs humains, aussi simples et primitifs que le rire ?

D’ici là, que diriez-vous, patients, si nous, médecins, osions la consultation en chaussures géantes et en nez rouge, en vous accueillant avec un jet d’eau propulsé par une petite fleur à la boutonnière de notre blouse !… Alors, malade, lève-toi et ris !

Schémas 1 et 2 (hémisphère droit):

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Schéma 3

Schéma 4

Bibliographie :

-Larousse Médical Illustré, Librairie Larousse édition1920

-Tableau de la caricature médicale, depuis les origines à nos jours, Editions Hippocrate, 1936

-Rire sans raison, Dr Madan Kataria, Madhuri International, 2004

-Psychosomatique du rire, Dr Rubinstein Robert Laffon, 2003

-Boris Cyrulnik, Autobiographie d’un épouvantail édition Odile Jacob, 2010

-l’humour-thérapie, de Moussa Nabati, livre de poche édition, 2010

-Henri Bergson « Le rire-essai sur la signification du comique », Lyre Audio Classiques

-Marcel Pagnol « notes sur le rire », Editions de Fallois, 1990

-Norman Cousins, Comment je me suis soigné par le rire, édition Petite Bibliothèque Payot, 2010

-Le rire sur ordonnance, de Jean Charles, édition Presses de la Cité, 1983

6 histoires courtes :

A la feuille de chou

Ce matin-là, Armand ouvrit à nouveau son tabac-presse , « A la Feuille de Chou ». Il exultait de reprendre son activité, le thérapeute le lui avait dit : « Mr Dévôt, ce n’est pas parce que vous êtes en suivi pour votre leucémie que vous devez tout abandonner. Vous êtes en rémission, rien ne vous empêche de reprendre votre petit commerce, éventuellement à mi-temps, vous verrez, cela vous fera penser à autre chose, c’est très bon pour le moral, ça vous apaise son homme, le travail. »

Armand pensait que l’homme de la science n’était pas si dénué de bon sens. Il rouvrit donc, l’âme joyeuse, et les pensées légères, impatient de l’arrivée des clients de la bonne rue des Violettes où il était installé depuis quinze ans à présent, clients dont certains étaient des habitués de son tabac-presse, qui avaient appris son problème de santé et s’informaient régulièrement de son état; il le savait par ses vieux amis qui lui avaient rendu consciencieusement visite pendant son hospitalisation. La journée commença sur le coup de huit heures trente par ce couple d’âge moyen, Mr et Mme Gaugin, inactifs tous les deux, elle venant acheter des revues de temps à autre, lui, des blondes sans filtre, plus régulièrement. L’homme était taciturne, marchait voûté en traînant les pieds, la lippe en avant, et arborait une expression constamment bougonne. Quant à elle, son abord n’était pas plus avenant, derrière un visage austère, aux traits accusés, mais elle daignait échanger quelques propos avec Armand, pour se plaindre de la cherté de la vie, et de leurs difficultés de fins de mois, comme en témoignaient les habits élimés qu’ils portaient ainsi que la parcimonie de leurs achats. Armand les observa errant dans l’échoppe, sans but précis, semblant désireux d’engager le dialogue. Armand se félicitait d’avoir pourvu son étal de revues susceptibles d’intéresser ce genre de chaland. Il avait là : Toi et Moi, Moi et Toi, Nous deux, Lui et Elle, Nous, Vous, Pour Toi, Pour Moi, Pour Nous, Pour Toi et Moi…

Finalement ce fut la femme qui s’approcha du comptoir, s’accoudant avec brusquerie.

- J’y ai dit à Jeannot, comme ça que tu vas finir avec tes blondes ! C’est pour ça, je l’ai amené voir à quoi ça ressemblait un cancéreux. Mon Jeannot, il en a encore jamais vu, alors on s’est dit qu’on allait faire un tour par chez vous pour se rendre compte! Tu vois Jeannot ? Viens par là !«

Armand s’arrêta stupéfait de compter le stock des briquets rechargeables, et leva les yeux dans une expression mêlée de colère, de honte, d’humiliation ; l’interlocutrice dût considérer l’attitude de catatonie perplexe d’Armand comme une réponse, car elle se détourna finalement, heurta du coude son mari, tous deux saluèrent et quittèrent la boutique sans plus de cérémonie et d’un pas concerté.

Ressaisi de sa stupeur, Amand vit alors avec soulagement et plaisir la rieuse Mme Clauss faire irruption à présent dans la petite échoppe, son fils de six ans à la main. Guichetière à la Poste de son état, son dynamisme et sa jovialité allaient de pair, et puis, elle sentait toujours bon, et l’enfant était d’ordinaire un bon consommateur du rayon « jeunesse ».

-Bonjour, chère Madame, bonjour mon bonhomme, on ne va pas à l’école aujourd’hui ?! Ah oui, c’est mercredi ! Alors qu’est-ce qu’on vient chercher ? le Monde du Tout-Petit ? le Monde du Jeune ? le Monde de l’Ado ? Glup et Wix ? Flap et Plouf ? Poum la Petite Tortue ? Zip le Petit Lapin ? Vlan le petit Putois … ?

- Non non, ne vous dérangez-pas, interrompit la cliente en riant, mais avec ce qui apparût à Armand dans l’intonation une gaieté forcée, « je passais devant chez vous et je me suis dit que j’avais le devoir de vous remonter le moral, parce que le cancer, déjà, ça ne fait pas mal, c’est une chance, Monsieur Armand, faut voir le bon côté des choses, toujours ! Allez, Bruno, dis « bon courage » à Monsieur Armand… » ………………….

Lorsque l’eau commence à frémir, il faut lâcher de la pression, car même un humain peut exploser. Mme Clauss partie, traînant l’enfant derrière elle, Armand préféra, en dépit des recommandations doctorales, s’en griller une. Blonde, et sans filtre.

Vers dix heures pénétra dans le magasin Monsieur Untel, fringant représentant médical quadragénaire, « bien comme il faut », le costume classique, cravate assortie, mallette à la main.

Armand envisageait enfin le client « sérieux », et songeait qu’il avait bien fait de rentrer : La Semaine, Le Mois, Le Jour, l’Heure, le Matin, Le Soir, Le Midi, l’Est, Le Sud, Le Sud-Est….

Monsieur Untel s’approcha d’Armand, la main à la poche, mais au lieu d’en retirer un porte-monnaie en signe de velléité d’achat, il en sortit un grand tissu à carreaux dans lequel il se moucha copieusement.

-Savez Monsieur Armand », dit-il reniflant, un peu gêné, » en tant que représentant des labos « Plubellavix », je fréquente régulièrement les hôpitaux, les cabinets libéraux, les cliniques et les dispensaires, voyez-vous. Soyez courageux mon ami, il faut bien partir de quelque chose, je vous l’dis tout rond, et nul n’est indispensable sur terre. J’y ai bien réfléchi, moi,’ savez! Comme dit la sagesse populaire, les cimetières sont remplis de gens indispensables, comme qui dirait! Hein! Haha ! Allez, j’y vais moi, pas tout ça, mais faut gagner son pain quotidien, comme dirait l’autre. Bon vent Mr Armand, bon vent ! A une prochaine fois, enfin, si Dieu le veut, comme on pourrait dire ! »

Armand était alors parvenu au point d’ébullition, ressassant de sombres pensées, et il essayait de focaliser son attention sur le tri des stylos de différentes couleurs qu’il rangeait dans leurs bocaux correspondants, lorsque, peu avant la fermeture de midi, une femme âgée qu’il n’avait encore jamais vue dans le quartier, trottinant menu, appuyant le poids de ses ans sur une canne vernie, un petit sac à main pendu au bras, passa à son tour la porte du magasin en faisant tintinnabuler la clochette. Armand s’interrompit, fit le tour du présentoir, souriant d’un air le plus avenant possible, mais la cliente ne furetait pas, et semblait avoir déjà décidé de son achat, peut-être Tricot-Magazine, La Maille-à-l’Endroit, Le Chapelet ou bien Missel-Pour-Tous…. ?

-Bonjour », fit-elle sans détours cherchant Armand d’un regard incertain au travers de ses pupilles opacifiées d’une cataracte bien avancée, « mon mari a un cancer et je… »

Mais c’était le mot de trop, et, le système nerveux copieusement éprouvé, Armand saisissait déjà la pauvre vieille femme par les épaules, la poussait avec peu de ménagement mais de façon parfaitement ciblée sur le seuil, faisant suivre le sac dans un tournoiement hélicoïdal, et achevait l’œuvre de sa colère par un lancer de canne digne du champion olympique de javelot. C’est alors que l’ancêtre malmenée, d’une voix d’indignation chevrotante protesta :

-Mais enfin, mon mari a un cancer et je venais vous acheter le livre « Anticancer » de David Servan Schreiber que vous avez en vitrine ! Ah ben bravo pour votre accueil! On voit bien que vous ne savez pas ce que c’est, vous !»

Le bon choix

Annie attend son mari, se tenant d’un pied sur l’autre pour en chasser les désagréables fourmillements de la station debout. Lâchez votre mari dans un magasin de bricolage, et vous êtes bonne pour une séance de pied de grue d’une heure, songeait Annie. Elle avait d’abord collé son nez à l’immense vitrine, et admiré le grouillement de clients d’un samedi après-midi, compté les différents modèles de tournevis sur le présentoir posté à l’entrée, contemplé les affiches géantes suspendues qui proposaient deux boîtes de clous pour le prix d’une, bref, essayait d’occuper son esprit et de ne pas s’ennuyer. C’est alors qu’elle aperçut dans le reflet une silhouette connue qui s’approchait derrière elle en souriant. Mais oui, c’était Adeline, une connaissance du club peinture de la rue des Allemands qu’elle avait fréquenté l’an dernier, avant son congé maladie bien sûr. Parce qu’après…il lui avait fallu du temps pour se remettre et l’esprit n’était pas aux arts, pour l’instant…

-Que fais-tu là Adeline ? Les courses du samedi j’imagine ?

-Quelle corvée ! Non mais là, je vais chez Cloudor, parce qu’il me faut du matos pour retapisser ma cuisine. Peux plus laisser comme ça, je vais tout arracher et me trouver un papier lessivable et… Mais au fait, je parle, je parle, et toi, on ne te voit plus du tout dis-donc ! Tu as loupé le Salon de Printemps de Saint-Coulon-les- Armoises, c’est Céline qui a eu le premier prix, mais moi je crois qu’elle s’est fait pistonner, comme elle connaît le maire.. »

-« Oui quel dommage, mais ça fait plaisir Adeline, de te voir ; passe le bonjour à tout le monde, au club. »

-Mais que t’est-t il arrivé, au fait ? « questionne Adeline, » tu as un peu maigri non ? »

Et Annie, appréhendant encore un long moment d’attente, son mari hésitant vraisemblablement devant le choix crucial entre la vis autoforeuse de 12 et celle pour bois aggloméré à tête hexagonale, se mit à raconter à Adeline sa longue maladie, une méchante toux qui ne passait pas, et puis les examens effectués, car elle était fumeuse de longue date, et enfin le verdict…pas bien réjouissant, suivi des traitements et enfin de sa convalescence. Mais elle allait bien à présent, juste la chevelure qui tardait à repousser, mais ça aussi, ça viendrait en temps voulu. Adeline hochait la tête en signe de compassion et de compréhension, posait quelques questions, et serrait de temps en temps avec chaleur la main de son amie pour lui communiquer sa sollicitude. A la fin elle lui demande : » et ton mari dans tout ça ? »

-Oh tu sais, avec Gérard, j’ai bien de la chance, il m’a soutenue tout au long de chaque phase, et il a bien du mérite, je n’étais pas souvent très en forme ! »

-Ah oui c’est sûr, reprend Adeline, surtout que là, tu n’es pas en beauté, tu sais. Non mais on dit bien que les hommes , quand-même, faut bien voir les choses en face, sont très sensibles à l’aspect extérieur. Paraît même que 50% des hommes quittent leur femme après un truc pareil ! Tu te rends compte! Faut absolument que tu fasses un effort, là. »

Annie a beau afficher une mine déconfite, Adeline ne se démonte pas, et relate force détails la mésaventure de sa meilleure amie, délaissée après un cancer du sein, de la cousine par alliance au troisième degré, divorcée après une maladie d’Hodgkin, la voisine de pallier, dont le compagnon avait pris la fuite après des complications d’une chimiothérapie….

Annie guette désespérément la porte-tambour, qui enfin, se dévide sur Gérard, sortant, la mine satisfaite, un petit sachet à la main.

-ça y est chérie, finalement j’ai opté pour les chevilles expansives du type « molly »….

-Tiens Gérard, je te présente Adeline , une amie du club peinture, tu sais…Adeline, Gérard, mon mari…

-Ravie de faire la connaissance de ton mari, mais c’est pas tout ça, faut que je me dépêche si je veux encore de mon papier peint lessivable en promo. Allez, à bientôt j’espère , avec toiles et pinceaux, bonne continuation et pense à ce que je t’ai dit ! Au revoir Gérard ! »

Gérard sourit, embrasse Annie sans s’apercevoir de son trouble et de la façon scrutatrice qu’elle a de le dévisager soudain.

-Tu sais quoi M’amour, qui je viens de rencontrer au rayon « salle de bain » au Cloudor? Christine, un ancien flirt ! Fais pas cette tête, je t’en avais parlé, tu sais bien, il y a prescription, j’avais 19 ans ! Eh bien tu sais ce que je me disais ? Que j’avais fait le bon choix, mon ange, tu as gardé ta peau de pêche et tes cheveux dorés comme les blés… Tu sais que je t’adore ? Tu es toujours la même ! Allez, mon sucre, on rentre, faut que j’essaye mes chevilles. »

La mémoire de l’amant est ainsi faite : après vingt-cinq ans de vie commune, la femme aimée ne s’altère pas, ne vieillit pas. Et si la peau de pêche s’est fripée, c’est que toutes les pêches sont ainsi, et si l’or de la chevelure a jauni, c’est que tous les blés sont comme ça, et pas autrement.

Sur le chemin du retour Annie se disait que Gérard, après toutes ces années, n’avait absolument pas changé

Le dérangement

Paula avait une montagne de paperasses à écluser. Elle était rentrée la veille, après une hospitalisation courte pour son ultime chimiothérapie, dont elle n’avait parlé à personne. C’était sa fierté, tout comme le fait de vivre seule et de savoir s’assumer sans l’aide d’un mari ou d’une quelconque famille, et ma foi, elle était arrivée bon an mal an jusqu’à son cinquantième anniversaire quand les choses s’étaient un peu compliquées. Les symptômes digestifs qu’elle avait ressentis l’avaient tout de suite alertée, elle avait immédiatement fait face à la maladie et aux traitements qui s’ensuivirent. La seule personne digne de confidences à ses yeux, était son amie Ange, une femme gentille mais un peu naïve, toutefois discrète, qu’elle fréquentait de façon épistolaire, avec laquelle elle affectionnait de longues marches en forêt et parfois, quelques visites au théâtre suivies d’un bon thé siroté ensuite chez l’une ou l’autre. Et c’était hier seulement, au téléphone, qu’elle lui avait conté son parcours ces derniers mois durant, ses traitements, ses absences pour de courts séjours hospitaliers, la dissimulation de sa calvitie sous de savants entortillements de foulards ou sous une perruque parfois, dont personne, même Ange, ne s’était aperçue. Ange avait été ébranlée, surprise et attristée à la fois, et avait pleuré au téléphone.

A présent Paula s’apprêtait, assise à son bureau, à une longue matinée de papiers à trier, de factures à honorer, de documents à compulser, de lettres à écrire, tout cela s’étant accumulé au fil du temps, et qu’elle avait négligés passagèrement. A peine penchée sur la première facture le téléphone retentit. C’était Ange:

-Salut ma chérie, j’appelais comme ça, je pensais à toi justement. Tu vas bien ? Tu n’as besoin de rien ! Veux-tu que je vienne te voir?

-Surtout pas, ma grande ! Je suis dans les paperasseries, ce qui me met déjà d’une humeur de dogue. Tout va bien, je te fais signe demain pour un petit thé ensemble à « La Terrasse », vers quinze heures, d’accord ?

-Bon bon, d’accord…Parce que tu sais, j’ai l’après-midi libre, là, et je viendrais volontiers si tu veux qu’on parle; ma voisine a eu ça, elle aussi, vraiment une horreur, si tu avais vu ! Je te raconte pas….

Mais Ange raconta.

Au bout d’une demi-heure, étant parvenue à interrompre le pénible récit de son amie, Paula reprit son labeur, grignotant l’extrémité de son stylo, reprenant difficilement le cours de ses réflexions. Sortie de la période interminable des traitements lourds, Paula n’aspirait plus qu’à une seule chose : respirer, vivre, et savourer le soleil dès le matin, être comme tout le monde, se sentir « normale », du « bon côté », sans penser à rien d’autre que vaquer aux occupations banales de la journée à venir, et surtout, surtout, songer le moins possible à la maladie. Un peu insistante, Ange, songeait Paula, pour ne pas dire …lourde, bah, ça partait d’une bonne intention, après tout. Allez, à présent il fallait vraiment qu’elle s’occupe de cette pile de feuillets réclamateurs, là, ça devenait urgent. Malheureusement, c’est à ce moment précis que le téléphone reprit de plus belle.

-Tu n’es vraiment pas fatiguée, Paula, tu es sûre ? Aïe misère de misère !!! Tu sais, je pourrais te repasser ton linge par exemple, te faire les courses, en même temps que les miennes hein ? Non parce que je sais ce que c’est moi, tu vois. Après mon opération des sinus, j’étais dans un état ! J’aurais bien été contente d’être assistée ! Le chir, un vrai boucher, tous des bouchers d’ailleurs, les chir, et après je mouchais constamment et puis ça coul….

-Non vraiment, Ange, la seule chose dont j’ai besoin, c’est de calme, beaucoup de calme, toujours de calme, uniquement de calme, vraiment, chuis sûre…

-Bon bon, je pensais juste, parce que si je te racontais tous les problèmes que j’ai eus avec mes sinus quand on m’a opérée….

Par la suite Paula jugea bon de débrancher son téléphone, et de se remettre à son travail, sans plus tarder. Au bout d’une heure de pleine concentration, pendant laquelle elle avait avancé à sa satisfaction, et alors qu’elle commençait à y voir enfin un peu plus clair, elle entendit, dans son sac à main, le désagréable bourdonnement de son portable. Jurant et pestant, elle attrapa lestement son sac sur la commode, et décrocha pour entendre Ange, larmoyante et inquiète :

-Tu ne réponds plus au téléphone, j’ai eu peur et j’ai pensé que tu avais fait un malaise. Tu as fait un malaise ? Ah, tu n’as pas fait de malaise ? Tu ne vas pas faire de malaise ?…Bon bon…Parce que moi les malaises ça me connaît. Justement en 95, après mon opération de la vésicule….

Ange, généreusement, en relata les moindres détails, raccrocha, rappela pour proposer à Paula une séance au cinéma cet après-midi. On donnait justement un film genre comédie sentimentale, avec l’actrice Anna Dupolin qui avait décroché le César du meilleur premier rôle à la dernière cérémonie, et qui  entretenait secrètement, mais Ange l’avait deviné depuis longtemps, une relation passionnelle avec son chauffeur. Paula referma enfin son petit portable, pour de bon pensait-elle, maintenant qu’elle n’ignorait plus rien des péripéties de l’actrice Dupolin (son divorce, sa nouvelle teinture, sa chirurgie esthétique..). Mais c’était sans compter sur la capacité imaginative d’ Ange qui se manifesta à nouveau, cette fois pour un petit tour récréatif en forêt dans l’après-midi, il faisait si beau et il n’y avait rien de mieux contre la dépression. Ça, ça guettait immanquablement toute valétudinaire, elle en savait quelque chose, elle, après son intervention pour son hallux valgus en 97…. Paula déclina chaque offre, faisant preuve d’une infinie patience. Le thérapeute avait déconseillé tout énervement. « Le repos et le calme sont l’apanage de la convalescence ! ». Cet homme ne devait pas avoir d’Ange dans sa vie, quel paradis…Blague à part, c’était une amie, tout de même, il fallait être indulgent, ce devait être un choc, pour elle aussi. On néglige souvent l’entourage, le malade y a peut-être sa part de responsabilité, c’est un sujet sur lequel elle réfléchirait, à l’occasion. Maintenant, au boulot !

Il y eut vraiment un grand calme prolongé de plusieurs heures, et alors que Paula voyait avec soulagement l’aboutissement proche de son courrier et ses pensées cheminer plus efficacement, la sonnerie de la porte la fit sursauter. Il valait mieux répondre, ce pouvait être un recommandé après tout. Ce n’était pas un recommandé, mais Ange, un bouquet de fleurs à la main et un gâteau dans l’autre, un air de commisération affiché aux lèvres, la tête inclinée légèrement de côté, d’une expression d’atermoiement appuyé.

-C’est moi. Non, j’étais trop inquiète. Je ne te dérange pas au moins ? C’est que je me suis dit, Ange, je me suis dit, tu ne peux pas laisser ta meilleure amie dans cette épreuve toute seule, tu ne peux pas. Et me voilà ! »

Et Paula se laissa embrasser, abasourdie par le babil ininterrompu de son amie qui pénétrait déjà dans l’entrée, posant le gâteau sur le guéridon, fouillant la penderie à la recherche d’un vase pour les fleurs, déposant son chapeau sur la chaise la plus proche, bref, investissant les lieux. Saoulée de paroles, abandonnant la perspective de pouvoir achever son travail, Paula n’eut plus que la force de demander :

-Dis-moi, Ange, et si je ne t’avais parlé de rien hier, si je n’avais tout simplement pas donné signe de vie jusqu’à mon complet rétablissement, donné aucune explication, et pas répondu au téléphone, qu’aurais-tu fait ?

- Ce que j’aurais fait !? ça alors ! Je me serais enfermée chez moi toute la journée sans t’appeler une seule fois, je n’aurais pas prononcé un mot de toute la journée, je ne t’aurais rien raconté pour te remonter le moral, et je ne pas serais pas non plus venue te voir avec mes fleurs et mon gâteau! Et toc ! «

Le rapide pour Paris

Heino était muté. Enfin, depuis le temps qu’il l’attendait, là voilà, cette mutation pour Paris, la promesse d’une vie plus intense, dans une grande métropole, au cœur des manifestations artistiques, du mouvement, de la nouveauté, là où il se passe quelque chose. Enfin !….Ainsi s’imaginait-il sa nouvelle existence, palpitante, étonnante, virevoltante, tournant le dos à Tronchou-sur Livette, ses quelques maisons égarées, son unique épicerie, la petite poste où il travaillait, la vie terne et monotone qu’il y menait. A quarante-trois ans, ce célibataire se sentait encore jeune, et bien remis d’un  sérieux ennui de santé, un méchant nodule cutané sur l’avant-bras, pris à temps heureusement ; mais le médecin lui avait formellement déconseillé l’exposition au soleil, et ainsi avait-il pris la résolution de tourner la page, de changer d’air, de milieu, de ville, de vie, et d’amis, peut-être surtout d’amis…Pierre et Jean-Charles étaient les personnes desquelles il lui était le plus difficile de prendre congé, toutefois, ils lui avaient un peu facilité la tâche ces derniers temps, et Heino les avait trouvés parfois pénibles au moment de sa maladie. Même les meilleurs amis du monde commettent des maladresses et ne réfléchissent pas toujours aux propos « réconfortants » qu’ils tiennent, se disait Heino en se remémorant certaines phrases déplacées et dénuées de tact . « Ils t’ont enlevé juste le nodule ? Parce que mon cousin, son collègue de travail, on a dû lui enlever carrément la jambe, il paraît. Mais bon, même si on t’enlève un bras, t’aurais toujours l’autre ! » devisait Pierre, et Jean-Charles de renchérir : « Ouais, t’as pas trop à te plaindre, jusqu’à présent tu n’as jamais rien eu. Regarde-moi en comparaison, entre mon divorce et mon licenciement…Pour une fois qu’il t’arrive un truc.. » Et ces deux compagnons avaient tenu à l’accompagner à la gare, ils devaient être les derniers qui lui serreraient la main, lui souhaiteraient bon vent. Heino aurait préféré partir seul, tranquillement, sans frais, il n’aimait pas les grands adieux qui le rendaient mélancolique, et s’en voulait déjà d’avoir cédé à l’insistance de ses amis. Rendez-vous avait été pris, à la petite gare de Tronchou-sur Livette, à une heure, au bar « La Tronchounette », le rapide pour Paris ne partant qu’à trois heures de l’après-midi. Au bout d’un ou deux verres, Heino se ferait fort de congédier ses deux amis….

On s’abstiendra de compter les verres, et encore moins les bouteilles qui scellèrent leur amitié, ce fut une fête d’adieu mémorable, des souvenirs furent échangés et les deux compères autour de Heino rivalisaient de bons mots, de phrases philosophiques sur l’amitié, la vie, la maladie, l’existence… Heino en avait la tête qui tournait, aurait volontiers abordé d’autres sujets, serait bien resté seul à choisir au kiosque quelques revues pour agrémenter son voyage, à acheter tranquillement son club-sandwich et son coca. Il ne trouvait toujours pas le bon moment pour se débarrasser des deux importuns. Entre temps il se faisait deux heures à la grande horloge murale, mais de nouvelles boissons arrivaient, les cerveaux fumaient, les gosiers s’enflammaient et les gais lurons ne mirent pas longtemps à entonner chansons et comptines du répertoire très choisi des piliers de bar. Heino réfléchissait fébrilement à une formule de politesse pour renvoyer enfin ses tonitruants et exubérants compagnons, qui persistaient à lui taper sur l’épaule, « sacré Heino, va, c’est toi qui nous enterrera tous ! » « Ouais, increvable notre Heino, comment qu’il a rivé son clou au crabe, haha ! » Inexorable, le temps passait à la grande horloge qui indiquait à présent la demie, et Heino n’avait toujours pas trouvé moyen de se libérer de cette encombrante et bruyante présence. Même le serveur finit par les avertir : « hé, si vous voulez l’attraper ce rapide, faudrait peut –être… ». Mais il fallait encore se taper sur l’épaule, s’embrasser virilement, se serrer la main courageusement, les yeux embués de larmes, quand soudain on entendit résonner le sifflet du départ. Quelle cavalcade jusqu’au quai, déjà les  portières se fermaient, le chef de gare levait le bras pour donner le signal, déjà le train s’ébranlait lentement….

Trois hommes à présent arrivent précipitamment sur le quai pour atteindre le dernier wagon. Deux d’entre eux réussissent à se hisser en courant sur le marche-pied et à grimper dans le compartiment. Le troisième abandonne et reste sur le quai pantelant, hors d’haleine tandis que le train s’éloigne cette fois pour de bon.

« Eh bien » , le réconforte le chef de gare, « au moins vos deux amis ont réussi à l’attraper, ce rapide ! »

« Mais c’est moi qui devais partir » se lamente alors l’homme resté à quai, « ils devaient juste m’accompagner, et dire que pendant deux heures je ne savais pas comment m’en débarrasser ! »

Les statistiques

Lola est assise avec neuf de ses amies autour d’appétissantes viennoiseries, agrémentées de chocolats chauds, et Lola raconte son entrevue avec son radiologue la veille, qu’elle a consulté afin de passer sa première mammographie. Lola est inquiète, angoissée même ; le médecin lui a recommandé de se surveiller sérieusement à partir de la quarantaine.

-Non mais vous vous rendez compte, narre-t elle, »il m’a sorti tout de go qu’une femme sur dix aura un cancer… »

Elle est aussitôt interrompue par Anne, une grande fille qui fume imperturbable son cigarillo entre deux Capuccini.

-Eh ben ma grande, si tu te manges les sangs à cause des statistiques , t’as pas fini ! Regarde-moi, est-ce que je m’emballe? J’aime fumer, je devrais pas, et alors ? Si on devait écouter ces oiseaux de mauvaise augure, je l’aurais déjà mon cancer! »

-Mais, reprend Lola, « il m’a bien dit qu’une femme sur dix allait avoir… »

-Ouais ouais, un cancer du sein, c’est bon ,on sait tout ça », intervient Carole. « Anne a raison, moi par exemple, paraît que je suis trop ronde et que l’obésité avec le cholestérol, c’est un facteur favorisant . Bonté divine, pas envie de me priver de mon éclair au chocolat quotidien ni de mes quenelles à la crème une fois par semaine ! Faut quand-même bien vivre ! »

-Oui certes » essaie à nouveau Lola, » mais une femme sur dix, quand-même… »

-Allez donc « , riposte cette fois Nadège, une brunette calme et réfléchie, qui ne fait pas mystère de ses antécédents alcooliques. Elle a suivi assidûment une cure de désintoxication et a courageusement repris sa vie en main, travaille et vient de se remarier. » Et l’alcool alors !? Qu’est-ce que j’en ai entendu moi, de mon thérapeute ! Et je m’en suis bien sortie sans trop de catastrophe ! »

-D’accord mais ….»

-Ah ben vous n’avez rien  entendu vous autres ! s’exclaffe alors Léopolde, la plus âgée d’entre elles.

« Moi mon radiologue, il me colle à chaque visite ma cinquantaine dans les dents, en me disant que c’est l’âge critique, j’ai entendu ça à cinquante, puis à cinquante-deux, puis à cinquante-quatre ans! Bigre, j’attends la prochaine visite à cinquante-six ans où ça va immanquablement revenir, ça ! Quand je pense que je me porte comme un charme, et que lui, tout jeune qu’il est, a dû se mettre en maladie pour un ulcère d’estomac, ça me fait bien rire ! »

-Mais les statist….

-Arrête un peu ton char », coupe péremptoirement Armelle, dynamique chef d’entreprise quadra. « Paraît que le stress est hyper nocif pour ça. Oui mais voilà, le stress c’est la vie, hein. Sans stress, ça n’avance pas, comment je mènerais mon entreprise moi, si je n’étais pas un peu aiguillonnée par l’adrénaline . Et pas un poil de pépin de santé à l’horizon ! »

-… …

-Cool Lola, cool » C’est au tour de Solange de prendre la parole. « Et l’hérédité, vous en faites quoi ? Si je devais m’angoisser comme ça, entre ma grand-mère et ma tante qui ont eu cette saleté ! Bah, je n’y pense pas et je vais bien, on ne vivrait plus sinon! »

-Mais…

-Tu as bien raison, renchérit Coralie, jeune maman et qui savoure sa première sortie avec ses amies. »D’après les statistiques comme tu dis, je serais candidate depuis longtemps, la pillule prise tôt, ma première et unique grossesse à trente-cinq ans, qu’est-ce que le gynéco ne m’a pas dit ! Pourtant un môme, c’est déjà mieux que pas du tout, à la fin ! »

-Oui, vous avez toutes raison, tente d’objecter à nouveau Lola. « Mais pensez qu’une femme sur dix, à ce qu’il m’a dit, sera att… »

-C’est ça, s’amuse Estelle, jeune esthéticienne tenant avec succès un petit salon au centre commercial. « Moi je devrais être la première concernée, avec tous les déos que j’utilise, on dit que c’est nocif ça aussi. »

-Tout ça ce n’est rien par rapport à ce que j’ai moi, une maladie fibro-kystique qu’ils appellent ça » explique alors Amina. Mon radiologue s’arrache les cheveux à chaque fois, et me prédit un cancer quasi inévitable ! Quel angoissé celui-là, je fais du sport, je sors, je travaille et tout va bien pour moi, non mais faut pas se fixer là-dessus Lola, tu sais… »

-Mais vous allez m’écouter jusqu’au bout à la fin ! » explose Lola à la stupeur des neuf autres, leur tasse de chocolat en l’air, interrompant leur grignotage insouciant ; tous les regards convergent vers Lola :

« une femme sur dix aura un cancer du sein d’après les statistiques , qu’il m’a dit. Et vous êtes neuf à ne rien avoir, la dixième c’est moi, enfin !C’est inévitable, c’est statistique ! »

Le cancer, c’est quelle couleur ?

Brèves de cancer

Les témoignages de « rescapés », les animateurs sirupeux de grandes soirées thématiques dans le thème « on-est-tous-unis-contre-ceci-cela », toutes ces kermesses à coup de grands sentiments dont les éditions et les émissions-réalité raffolent, on les a vus, lus, entendus ; merci, on demande un siège..

Les petits commentaires qui jalonnent le quotidien du ou de la malade par contre, et que le médecin entend parfois lui aussi, sont bien plus amusants. Mais il vaut mieux être doté d’une bonne dose de ‘vis comica’, parfois …

Préparez-vous donc avec philosophie à affronter la vision du bon peuple sur l’univers de la « cancérée », à travers les brèves du cancer.

« Ah moi je sais ce que c’est ! » dira la compatissante. « Avec l’opération de mon furoncle à l’aisselle, j’en avais jusque sous le bras (tous des bouchers ces chirurgiens) ; on ne peut pas savoir ce que c’est tant qu’on n’est pas passé par là !  Au moins vous, votre cancer, il ne vous fait pas mal ! Et en plus la chirurgie réparatrice est remboursée, alors…». Il faut vraiment que les mammectomisées arrêtent de se plaindre…

« Faut optimiser » clamera le jovial, « le moral, c’est tout, dans ces maladies-là ».

Mais pourquoi ne laisse-t on jamais les malades déprimer, bon sang ! Mais laissez-les pleurer, crier, hurler, ça libère les tensions, et dans l’Antiquité, quand les héros s’épanchaient dans des ondoiements lacrymaux, c’était très bien vu. Alors revendiquez votre droit au cri primal !

La plus difficile à affronter est la personne pieuse : « qu’avez-vous donc fait (au Bon Dieu) pour mériter ça !? ». Car il faut absolument  une raison à cette sainte personne à ce qui vous arrive, elle ne rigole pas, et peut même vous crucifier d’un : « c’est les péchés qui ressortent ! » Je l’ai entendu, croix de bois croix de f….

Soyons plus légers avec la brève de l’ingénu : « tiens, le sida il a un ruban rose à présent ? Ah c’est pour le cancer du sein…Cool, et les autres cancers, ils ont quelle couleur ? ». Vivement les jeux cancerlympiques.

En fin d’année on vous gratifiera du classique et incontournable  « bonne année bonne santé hein, car la santé c’est tout, et quand on ne l’a plus… ». Afin d’y échapper, débrouillez-vous pour tomber malade en dehors des fêtes, c’est vrai quoi, vous fichez le bourdon à tout le monde.

A présent un peu de pragmatisme : « bah, c’est pas si grave de perdre un sein (un rein, un poumon, un testicule, vous pouvez interchanger comme il vous plaira), la nature en a prévu deux ! ». On ne va pas chipoter.

Une patiente un beau jour m’a expliqué le plus sérieusement du monde qu’elle venait se faire dépister du cancer du sein parce que ses neuf voisines les plus proches n’en étaient pas atteintes. Comme le cancer atteint une femme sur dix, c’est sur elle que ça va tomber ; et arrêtez de la contredire, ils l’ont dit à la télé. On n’échappe pas à l’information si bien dispensée, claire, appropriée, complète…

Mais voilà l’amie triomphante, rassurante, qui s’est documentée pour que vous n’ignoriez rien des dernières données : « on trouve plein de conseils cosmétiques et de coiffures pour les femmes malades sur internet, parce là, hou, t’es pas en beauté quand-même.. » Parfois il vaut mieux un bon ennemi.

Causerie en salle d’attente, surprise entre deux ouvertures de portes, une dame prend sa voisine à témoin : « une si belle jeune femme, d’avoir ça à son âge, elle ne l’a pas mérité tout de même ! » C’est vrai, le cancer ne devrait être réservé qu’aux pas belles âgées, celles qui l’ont bien mérité, en somme…

Mais enfin un beau jour se tiendra devant vous, dans un halo d’insondable pureté, l’incarnation du bio, le triomphe du fitness, la jubilation du naturel, la victoire du pépin de raison et du soja. Il ou elle vous démontrera que vous l’avez bien cherchée, votre maladie, il vous achèvera sous un sentiment de culpabilité déjà émergent et parfois bien entretenu par le corps médical lui-même : « il faut revoir votre hygiène de vie, très chère, et votre gestion du stress, tout vient de LA. » Et puis vous n’aviez qu’à pas être une femme, car le premier facteur de risque d’avoir un cancer du sein, c’est d’être de sexe féminin. On peut lire cela un peu partout.

C’est tellement plus simple pour tout le monde d’incriminer la victime du cancer. Plus reposant aussi, plutôt que de se poser les vraies questions embarrassantes sur l’incommensurable quantité de substances introduites à notre insu dans notre organisme.

Nonobstant, tous ces petits mots irréfléchis, maladroits, voire déplacés, prenez-les avec gratitude et amusement, les bons et les moins bons, ils font partie de votre expérience ‘cancer’, de votre histoire personnelle. Ils expriment la vie, les réactions humaines, ils reflètent la façon dont la collectivité intègre tant bien que mal le malade, celui qui lui renvoie sa propre fragilité, sa propre finitude, et c’est toujours mieux qu’un haussement d’épaules indifférent.

Prenez tout cela, écoutez, répondez, débattez, comprenez, réagissez, ripostez, fâchez-vous, souriez, riez aux éclats, ne subissez pas ; vivez enfin,  car « si tu ne sais pas user de la minute, tu perdras l’heure, le jour, et toute la vie. » (Le Pavillon des cancéreux, Alexandre Soljenitsyne

Décorer votre intérieur en peignant vos murs en dessins caricatures.

Décorer son intérieur  est une tâche difficile. Le décorateur doit savoir le style qui convient aux occupants et qui éblouit les convives. Le style de votre mur a une grande place sur l’embellissement de votre immeuble. Cette partie peut être ornée par la pose de tableaux, de papier peint, de miroir…Vous pouvez la personnaliser en créant des dessins qui vont attirer l’attention des gens.

Comment embellir un mur ?

Trouver le style qui va à son intérieur est dur. Il faut être tendance d’une part et personnaliser d’autre part. Chaque couleur que vous choisissez à une signification propre. Le jaune qui a la couleur du soleil reflète la joie et l’ambiance. Cette couleur est parfaite pour les salons. Le bleu qui est semblable à l’océan désigne le rêve. Vous pouvez le mettre dans la chambre d’enfant. Votre mur peut être personnalisé à l’aide des dessins caricatures. Il vous suffit de savoir le  type de caricature qui mettra en avant mon mur. Par exemple, si vous rêvez de liberté, vous pouvez orner votre mur du dessin du statut de la liberté. Si vous désirez visiter un jour Las Vegas, dessiner la ville dans votre demeure permet de ne pas oublier votre but. Le dessin que vous demandez d’être fait par un dessinateur doit avoir une signification pour votre entourage et vous. Il doit aussi être une source de joie.

Échafaudage : outil essentiel dans la décoration d’intérieur

La réalisation d’un dessin sur votre mur peut être faite par un caricaturiste. Cet individu va dessiner sur la façade verticale de votre demeure, les dessins qui vous plaisent.  Il doit se servir  d’un echafaudage pour réaliser le travail. Cet appareil lui permet de faire son œuvre en hauteur. Il  assure la sécurité du dessinateur. Depuis les premiers modèles d’échafaudages utilisés par les ouvriers sur chantiers, l’appareil n’a cessé d’être sécurisé afin de limiter les risques d’accident. À l’intérieur d’un immeuble, l’échafaudage fixe est conseillé. Pour un dessinateur, il est recommandé d’opter pour l’echafaudage roulant. Ce modèle simplifie le déplacement. Un caricaturiste doit se déplacer en permanence dans le but de couvrir votre mur de dessin. Le modèle roulant assure une continuation rapide de son œuvre. De plus, il n’est pas nécessaire de recourir à la force physique pour déplacer l’appareil. L’échafaudage roulant peut se mouvoir à l’aide de ses roues. Si vous ne possédez pas cet appareil, vous pouvez en louer. Dans votre maison, il est conseillé d’avoir un échafaudage. Il va vous aider dans certains travaux comme la décoration de sapin, le changement d’ampoule, la peinture des murs…

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